Sa famille, ses amis, ses supporters anonymes s’étaient donné rendez-vous très tôt, samedi, au Mémorial ACTe, pour lui faire une ovation monstre après sa première traversée de l’Atlantique en solitaire, Carl Chipotel, ému et heureux d’avoir ramené à bon port son monocoque Classe40 Pèp Gwadloup, a savouré cet accueil à pleines dents malgré la fatigue. C’était sa première Route du Rhum. Gageons qu’il y en aura d’autres. Peut-être sur un plus gros bateau.

samedi, 01 décembre 2018 19:42

Carl Chipotel, les yeux rivés sur l’avenir

Si tout le monde avait le regard dirigé vers Carl Chipotel, ce samedi matin, au terme de sa traversée en solitaire de l’Atlantique, le skipper de Pèp Gwadloup n’avait en tête que le développement nautique de la Guadeloupe. Face à la presse, sur le ponton du Mémorial ACTe, mais aussi face au public, sur le podium, il a insisté sur un point : se servir du potentiel maritime de la Guadeloupe pour développer l’archipel.

C’est fait ! Carl Chipotel a bouclé sa première Route du Rhum — Destination Guadeloupe.  Après 26 jours, 20 heures, 18 minutes et 3 secondes en mer, il a franchi la ligne d’arrivée, ce samedi, à 5 h 18. Sa 26e place dans la catégorie Class 40 n’est qu’anecdotique. Car c’est à un accueil digne des grands vainqueurs que le skipper de Pèp Gwadloup a eu droit, malgré l’heure très matinale.

Au terme d’un marathon haletant et d’un sprint dantesque, Francis Joyon a remporté la 11e édition de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, la première de sa carrière. Son dauphin, François Gabart,  avait pourtant fait la course en tête jusqu’à Basse-Terre. Un manque cruel de vent et une sortie du canal des Saintes mal négociée ont eu raison du vainqueur du précédent Vendée Globe. Francis Joyon améliore le record de la course d’une heure, en 7 jours 14 heures 21 minutes et 47 secondes.

Epoustouflant ! Incroyable ! Légendaire ! Les adjectifs manquent pour décrire l’arrivée de cette 11e Route du Rhum - Destination Guadeloupe. Au bout : une victoire sur le fil de Francis Joyon (Idec Sport)devant François Gabart (Macif). Jusqu’à la dernière minute, le public du Mémorial ACTe a retenu son souffle, comme il y a 40 ans lors de la première édition avec la victoire de Mike Birchaux dépens de Michel Malinovsky. Cette fois-ci, ce n’est pas 98 secondes (1mn 38 s) qui ont séparé les deux concurrents mais 428 (7 mn 8 sec). En arrivant en 7 jours et 14 heures 21 minutes et 47 secondes, Francis Joyon a battu le record de la précédente édition établi par Loick Peyron. Bien au-delà du résultat, ce qu’il faudra retenir de cette Route du Rhum, c’est le duel entre Joyon et Gabart qui aura été palpitant dans l’océan Atlantique, puis épique dans les eaux de la Guadeloupe. 

À son arrivée, Francis Joyon a déclaré « savourer sa course comme il savoure le traditionnel champagne » offert au vainqueur. Et d’avouer : « Je ne me suis pas rendu compte en passant la ligne d’arrivée que je  venais de remporter ma première Route du Rhum.Mais je prends conscience que j’ai participé à une bagarre d’anthologie ».

Une course à deux en solitaire

Francois Gabart a dû sentir le souffle de Francis Joyon sur sa nuque durant près de 6 jours. Les deux hommes se sont suivis depuis le Cap Finistère jusqu’en Guadeloupe. Après l’abandon de Sébastien Josse (Maxi Edmond de Rothschild), dans le Golfe de Gascogne, le chavirage d’Armand Le Cléac’h (Maxi Banque Populaire IX)au large des Açores, sans oublier l’arrêt technique de Thomas Coville (Sodébo),pendant cinq jours,à la Corogne, Francois Gabart et Francis Joyon ont navigué quasiment côte-à-côte.

Certes François Gabart a fait la course en tête mais le skipper de IdecSport, l’a suivicomme une sangsue. En vieux briscard, Francis Joyon a tenté plusieurs stratégies durant la course pour rattraper le surpuissant trimaran Macif. Sans l’aide de foils (sorte de turbos permettant de faire voler le bateau) le skipper de IdecSporta réussi tant bien que mal à tenir la dragée haute au jeune prodige de la voile. 

L’enfer de Bouillante

A l’entame de la Tête-à-l’Anglais, François Gabart est encore en bonne posture. Cependant, le recordman du Tour du monde en solitaire s’est fait piéger par la célèbre pétole de la Côte-sous-le-Vent. Scotchédans des vents quasi nul, Gabart a avancé durant près de trois heuresà 1km/h. 

Il a donc eu le temps de voir revenir Joyon fonçant sur lui tel un malfini sur sa proie. Et c’est la sortie du canal des Saintes qui futfatal à Gabart, puisque c’est à ce moment précis que le vieux loup de mer a décidé de mettre le coup rein nécessaire pour passer à la première place, qu’il ne lâcheraplus. 

Arrivé aussi triomphalement que Francis Joyon, François Gabart était encore sous l’émotion du sprint. « C’est une belle deuxième place. Perdre sur un bord c’est cruel, mais c’est la vie. Cela a été une belle compétition même si terminé deuxième est frustrant ».

Tel François Gabart, à la barre de son maxi-trimaran Macif,  dominateur sur la 11e Route du Rhum — Destination Guadeloupe, les festivités des villages officiels de la plus célèbre des transatlantiques en solitaire, ont été lancées en fanfare, vendredi à Basse-Terre et Pointe-à-Pitre. Au programme : des prestations musicales de qualité face à des publics enthousiastes à souhait.

Partis le 4 novembre 2018, de Saint-Malo, les skippers la Route du Rhum—Destination Guadeloupe, encore en course, foncent droit vers Pointe-à-Pitre. Les premiers du classement font tout pour y arriver dès ce week-end. Le leader de la course, François Gabart, a creusé l’écart avec son dauphin Francis Joyon. Macif va, en effet, beaucoup plus vite qu’Idec Sport, désormais pointé à plus de 120 milles nautiques. Positionnés depuis ce samedi, à moins de 900 milles (environ 1 600 km) de Pointe-à-Pitre les deux navigateurs n’ont qu’une idée en tête : rallier Pointe-à-Pitre le plus rapidement possible.  Dans quel ordre ? Il faudra attendre pour se prononcer. Une fortune de mer est vite arrivée.
Ce qui est certain c’est qu’ayant passé le tropique du Cancer, ils peuvent tous deux profiter pleinement des alizés pour les pousser vers les côtes guadeloupéennes. Déjà vainqueur en 2014, dans la catégorie Imoca (monocoque de 18,28 m) en 2014, François Gabart compte bien, cette fois, triompher au scratch avec son Ultime de 32 m.


OÙ SONT LES GUADELOUPÉENS ?

Le troisième du classement général, Armel Tripon (Réauté Chocolat) est beaucoup plus loin, à 2 000 milles (3 700 km environ) de Pointe-à-Pitre. Il est en Multi 50. Il a ravi cette troisième place au Saintois d’adoption Thibaut Vauchel-Camus (Solidaires en peloton Arsep). Ce dernier est désormais 2e de cette catégorie et 4e du général, depuis qu’il a été contraint de faire demi-tour vers les Açores, pour une avarie sérieuse. Il faisait jusqu’ici une très belle course dans des conditions difficiles.
S’agissant des autres Guadeloupéens (de naissance ou d’adoption) pendant cette première semaine de course, ils ont connu des fortunes diverses et le bilan est plutôt mitigé : en Rhum multi, David Ducosson (Air Antilles – Cazeneuve Maxi Catamaran) est 19e ; en Rhum mono, Luc Coquelin (Rotary – La Mer pour tous) est 4e tandis que Willy Bissainte (C’La Guadeloupe) a abandonné vendredi, après avoir tenté en vain de réparer son bateau qui avait subi une avarie juste après le départ ; en Imoca, Damien Seguin (Groupe Apicil) est 8e ; et en Class40, Dominique Rivard (Marie-Galante April) est reparti et se situe à la 43e place, Rodolphe Sépho (Rêve de Large) est 18e ; Carl Chipotel (Pèp Gwadloup), qui a dû s’arrêter, est descendu à la 25e place. Quoi qu’il en soit, leurs supporters attendront leur retour, la ligne d’arrivée  étant en place jusqu’au 7 décembre.


DEUX VILLAGES BIEN ANIMÉS

En attendant les deux villages d’animation de Basse-Terre et de Pointe-à-Pitre ont procédé aux derniers petits réglages vendredi, et, dans la soirée, ils ont pu accueillir, dans de bonnes conditions, un public très nombreux et des artistes de grand talent, aussi bien sur le site du Mémorial Acte que sur l’esplanade du port de Basse-Terre. C’est là, face au front-de-mer du chef-lieu de la Guadeloupe, que se situe dernière marque du parcours avant l’arrivée, la « Bouée de Basse-Terre »,  une magnifique bouteille de rhum géante aux couleurs de la Région Guadeloupe que les skippers devront contourner avant de filer vers la baie de Pointe-à-Pitre.
Chaque soir, jusqu’au 25 novembre à Pointe-à-Pitre et jusqu’au 18 novembre à Basse-Terre, grâce un programme d’animation très riche, ces deux villages vivront au rythme de ces forçats de la mer, partis à la conquête des vagues d’Atlantique pour une aventure chaque fois plus exceptionnelle. Et cela fait quarante que ça dure…

Un public très nombreux et très enthousiaste au Mémorial Acte.

Ary Chalus n’a pas fait dans la demi-mesure. Le président de Région a honoré les skippers guadeloupéens de fort belle manière en leur dédiant une pleine journée. Elle s’est déroulée en deux temps. Dans la matinée, les navigateurs ont été présentés aux nombreux visiteurs de l’espace Région Guadeloupe. Puis, en fin de journée, ils ont été reçus au dernier étage du Palais du Grand Large, au cours d’une soirée de prestige. 250 personnes, pas une de moins, étaient tournées vers la petite scène aménagée pour l’occasion.

Alors que la pluie s’abat sur les larges vitres du bâtiment, il règne au dernier étage du Palais du Grand Large, une chaude ambiance. En maître de cérémonie, le président de la Région Guadeloupe, Ary Chalus, félicite une nouvelle fois ceux qui traverseront l’Atlantique sous la bannière de l’archipel. « Nous avons pu les encourager, leur dire que nous sommes à leurs côtés. Cette journée a également été l’occasion pour moi de féliciter toutes les personnes qui ont travaillé depuis plus d’un an sur cette Route du Rhum. »

S’il est incontestable que la Région Guadeloupe est le partenaire majeur des navigateurs guadeloupéens, la soirée est aussi l’occasion de remercier les différents sponsors qui se sont engagés dans les différents projets guadeloupéens. Willy Bissainte ne pas manque pas de le souligner. « La Guadeloupe est petite. Nous sommes donc obligés de multiplier les partenaires pour arriver à boucler les budgets et trouver la voie vers Saint-Malo ». Le skipper évoque en quelques mots son projet.  « Même si la Route du Rhum est une compétition, il faut également savoir transmettre des valeurs de solidarité. »  Il insiste aussi sur cette nécessité promouvoir les énergies renouvelables et les productions locales.

De son côté, David Ducosson, toujours avec l’air débonnaire qui le caractérise exprime au public son mal du pays. « J’ai hâte de retourner en Guadeloupe. Voilà déjà six mois que je suis parti et l’île commence à cruellement me manquer. » Sportivement, l’ancien préparateur d’Anne Cazeneuve, se dit très heureux de pouvoir courir sur un bateau témoin d’une si grande histoire. « Ce sera sa 5e participation à la Route du Rhum et c’est aussi le tenant du titre en catégorie Rhum Multi », rappelle le successeur d’Anne Caseneuve à la barre de Défi an nou.

Et puis, comment passer à côté de Dominique Rivard ? L’homme aux deux lunettes remercie très chaleureusement la Région Guadeloupe de la confiance accordée. Un peu comme Carl Chipotel, il sait qu’il n’y aura pas de miracle et qu’il ne franchira pas la ligne en vainqueur de sa catégorie. Cependant, le Marie-Galantais réaffirme sa volonté d’être le premier des bateaux ayant déjà un certain nombre d’années, à franchir la ligne d’arrivée à Pointe-à-Pitre. « Je suis sur un Class40 vintage et cela me tient vraiment à cœur de prendre la première place des monocoques vintages car je ne peux pas rivaliser avec les machines de guerre de ma catégorie. Dans tous les cas, je vais tout faire pour porter le plus haut possible les couleurs de Marie-Galante. »

C’est bien loin des ambitions du président de Région, qui voue une foi inébranlable en ces champions. Il l’a encore dit : il veut la victoire en Guadeloupe. Sauf que le vouloir risque bien de ne pas suffire. En revanche, il est à souligner que c’est la première édition où la Route du Rhum voit partir autant de marins guadeloupéens expérimentés. Tous les rêves sont donc permis.

vendredi, 02 novembre 2018 20:50

Le « mas » de Nasyon irradie Saint-Malo

Invité par la Région Guadeloupe et le CTIG pour animer les rues de la cité corsaire et le village de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, le « group-a-po » Nasyon a Nèg Mawon a répondu à l’appel du large, avec générosité. Alors que les préparatifs de la saison carnavalesque vont bientôt débuter en Guadeloupe, le « mas » s’offre une présaison à Saint-Malo, pour le plus grand plaisir des résidents et visiteurs.

Le départ de la 11e Route du Rhum — Destination Guadeloupe aura bien lieu dimanche 4 novembre, à 14 heures (heure de Saint-Malo). Un soulagement après la rumeur d’une remise en question de cette date, qui a circulé au début de cette semaine. À l’origine de cette incertitude, la menace de prévisions météorologiques délicates sur la Bretagne.  Finalement la dépression atmosphérique annoncée en approche semble moins dangereuse que prévu.  Une conférence de presse des organisateurs est venue rassurer tout le monde, notamment la Région Guadeloupe. La crainte d’une arrivée des premiers bateaux, avant une mise en place complète des villages d’animation de Pointe-à-Pitre et de Basse-Terre, prévue le jeudi 8 novembre, avait laissé apparaître quelque inquiétude au sein de la collectivité régionale.

Des canots saintois dans la rade de Saint-Malo ? Oui, c’est le cas tous les après-midi, depuis, hier, lundi 29 octobre 2018, et jusqu’à demain, mercredi 31. Cette animation est le résultat concret d’une convention signée entre la Ville de Saint-Malo, la Société nautique de la baie de Saint-Malo (SNBSM) et l’Association nautique de Sainte-Anne (Anasa). Cette compétition amicale de voile traditionnelle guadeloupéenne, baptisée Trophée des Saintoises, fait partie du programme officiel de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe. Après avoir participé au Traditour, l’équipage malouin accueille les Guadeloupéens de Fouillole pour un « match retour ».

Avec 15 ans d’expérience maritime et déjà une Route du Rhum au compteur, Rodolphe Sépho n’est plus un néophyte malgré ses 30 ans. En participant à sa deuxième transatlantique entre Saint-Malo et Pointe-à-Pitre, le Guadeloupéen espère faire mieux que sa 26e place, il y a 4 ans, et surtout porter son projet en lien avec l’économie bleue. Point d’orgue de sa préparation au départ, le baptême de son bateau Rêve de Large a été célébré  en grande pompe, malgré un vent glacial.

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