Société

lundi, 21 janvier 2019 18:36

L’EAU EN GUADELOUPE : UNE PÉTITION AVANT DES ACTIONS JUDICIAIRES FORTES

Le public présent a pu faire part de ses préoccupations : coupures d'eau répétées, factures exorbitantes, qualité de l'eau du robinet. Le public présent a pu faire part de ses préoccupations : coupures d'eau répétées, factures exorbitantes, qualité de l'eau du robinet.

Les associations guadeloupéennes de défense des usagers de l’eau ont accueilli, toute la journée de dimanche, à Goyave, les citoyens désireux de partager avec elles leurs préoccupations en matière d’interruption de la distribution, de paiement des factures et de qualité de l’eau en Guadeloupe. Cette démarche fait suite à plusieurs rendez-vous qui ont marqué l’actualité récente autour de ce sujet. On peut rappeler la présentation du rapport 2018 des chiffres clés de l’eau et de l’assainissement, mais aussi, au plan national, la proposition de résolution pour la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire sur l’eau en Outre-Mer, déposée à l’Assemblée nationale, par le député réunionnais, Jean-Hugues Ratenon. 

Le Jardin d’eau de Blonzac, à Goyave, un lieu tout à fait approprié pour parler des problèmes de gestion et de distribution de l’eau en Guadeloupe. De l'eau, il y en a partout ici. C’est là, en ce dimanche 20 janvier 2019, jour du 10e anniversaire de la grève générale du LKP, que les comités de défense des usagers de l’eau ont réuni la population. Elle n’est pas très nombreuse à la fin de la journée : moins d’une centaine de personnes, que les organisateurs invitent à signer la pétition qui sera mise en ligne bientôt, pour aider le groupement des associations rassemblées à mener des actions en justice. « Nous ne voulons pas faire comme tout le monde : aller barrer les routes », confie Harry Olivier, président du Collectif Citoyens Guadeloupe, une des associations d’usagers. Il s’agira d’atteindre 5 000 signatures au moins.

UN PROJET D’ORGANISATION DE LA GESTION DE L’EAU

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En attendant, Harry Olivier tire un bilan positif de la journée : « Notre objectif était de prendre une décision concernant la suite à donner à nos actions, qui sont en cours depuis plusieurs mois. Je rappelle que, depuis tantôt, nous défendons la population auprès des instances de l’État et des collectivités locales. Nous avons également déposé un projet d’organisation de la gestion de l’eau en Guadeloupe, qui a été remis aux autorités, au plus haut niveau de l’État. On a fait un constat, on a fait les critiques, on a fait l’analyse et on a déposé une solution qu’il faut, selon nous, mettre œuvre pour la Guadeloupe. Donc, aujourd’hui, nous avons voulu mobiliser les usagers pour leur dire qu’il était temps que nous puissions accélérer nos actions, savoir comment ils appréhendaient la situation et définir ce que nous allons faire. À l’unanimité des présents dans la salle, nous avons obtenu quitus pour engager des actions plus fortes en justice et mettre en œuvre l’application des dispositions réglementaires. Nous considérons que l’objectif que nous recherchions au départ est atteint. »

NON AU PAIEMENT DES FACTURES

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On arrive au terme de cette journée. Juste avant la clôture des échanges, dans un ultime plaidoyer, Germain Parran, un des leaders du mouvement, président du Comité de l’eau de la Guadeloupe, exhorte encore les usagers qui ne sont pas satisfaits du service rendu à ne pas payer les factures. Il s’oppose aux propos prononcés, lors de la cérémonie de présentation des chiffres clés de l’eau et de l'assainissement, mercredi dernier, à l’Espace régional du Raizet, par la secrétaire générale de la préfecture, Virginie Klès, qui a invité les Guadeloupéens à payer leurs factures afin de contribuer à la réalisation des travaux. « Je dis : Non ! Il est hors de question, insiste M. Parran. Ils ont trouvé des moyens pour voter de l’argent, dans les collectivités, pour donner aux entreprises multinationales, qui sont revenues sur notre territoire pour faire tous les travaux et pour nous tromper, puisqu’ils saucissonnent les canalisations en amiante-ciment mais ne les remplacent pas. Nous n’acceptons pas cela. »

DES REVENDICATIONS
M. Parran rappelle alors le contenu du projet des associations : « Nous voulons une nouvelle canalisation, une gouvernance de l’eau, une usine de production, une usine de distribution et deux unités d’eau, l’une en Grande-Terre, l’autre en Basse-Terre, dans le cas où il y aurait un cyclone, un tremblement terre ou autres. Nous disons que tous ces châteaux d’eau ne sont plus aux normes, il faut les casser. Tant qu’on n’aura pas une canalisation avec notre argent qui a servi à payer les taxes et les abonnements, c’est niet ! »

DES USAGERS INQUIETS

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Et à un usager qui lui rétorque que c’est en payant les factures que les ouvriers seront payés et il réagit en dénonçant les conditions dans lesquelles les anciens ouvriers de la Générale des eaux ont été transférés dans les collectivités et invite ces derniers à se joindre aux associations de défense des usagers de l’eau. Même détermination quand un autre usager exprime sa crainte des saisies sur son compte bancaire. Des dispositions existent, selon M. Parran, qui explique que plusieurs usagers ont déjà bénéficié de l’annulation de leurs factures anciennes, parfois dépassant la dizaine de milliers d’euros. 

L’ASSAINISSEMENT AUSSI…
Autre préoccupation de ces associations : l’assainissement. Selon Harry Olivier, il est encore plus grave que le scandale de l’eau potable. « C’est un problème de santé publique puisque les stations des eaux usées dysfonctionnent et déversent leurs saletés dans la mangrove, dans les rivières, dans la mer et polluent tout l’environnement. » Les autorités n’ignorent pas cette situation, puisque le rapport 2018 des chiffres clés de l’eau et de l'assainissement, indique clairement que sur trois stations d’épuration, deux ne sont pas conformes.

LE TERRAIN JUDICIAIRE PARFOIS SEMÉ D’EMBÛCHES
Après la proposition de résolution du député réunionnais, Jean-Hugues Ratenon, pour la mise en place d'une commission d’enquête sur les problèmes de l’eau en outre-mer, on peut dire que les associations guadeloupéennes de défense des usagers ont, de leurs côtés, fait le choix de s’engager résolument sur le terrain judiciaire. Pourvu que les procédures ne durent pas aussi longtemps que celles engagées contre les auteurs présumés de l'empoisonnement au chlordécone d'une partie des terres agricoles de Guadeloupe et de Martinique. Si tel est le cas, les usagers auront peut-être eu le temps de voir s’achever les chantiers nécessaires à la fin des tours d’eau, à la résorption des problèmes de facturation et à la mise aux normes des stations d’épuration… Ce sera un mal pour un bien.

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