Politique

mercredi, 14 mars 2018 16:20

Mayotte : les grévistes n’ont que faire d’un “accord de principe” du gouvernement

Annicke Girardin entourée des élus de Mayotte et des représentants de l'intersyndicale Annicke Girardin entourée des élus de Mayotte et des représentants de l'intersyndicale © Twitter Annick Girardin

La visite de la Ministre des Outre-mer en pleine crise Mahoraise fut une expédition de haut vol. Chahutée, huée, délégitimisée, Annick Girardin a dû faire face à une intersyndicale remontée et une population mahoraise à bout. La ministre a cru calmer les esprits avec un “accord de principe” trouvé avec l’intersyndicale, mais cette dernière n’est pas entièrement satisfaite des engagements de l’Etat.

Annick Girardin est sortie usée de cinq heures de discussions avec l’intersyndicale et les élus. Elle renvoie les meneurs grévistes à leurs responsabilités et appelle à la levée de barrages.

 

Du côté d’Annick Girardin, toutes les demandes sont satisfaites. Non, lui répond le lendemain, l’intersyndicale qui a décidé de ne pas lever les barrages. Selon Mayotte la 1ère, “il manquerait des points dans l’accord de principe”. Si bien que, toujours selon Mayotte la 1ère, les représentants de chaque barrage de l’île se sont réunis afin de jurer sur le Coran qu’ils ne trahiront jamais le mouvement.

#Mayotte : le serment de Tsingoni. Les membres du collectif et de l'intersyndicale vont devoir jurer sur le coran qu'ils ne trahiront pas le mouvement. Des foundis sont arrivés dans la salle de réunion de la mairie de Tsingoni. uIne pratique mahoraise de longue date. pic.twitter.com/zSU8fuggc1

— Mayotte la 1ère (@mayottela1ere) 14 mars 2018

Voici les explications limpides du journaliste Hakime Ali Saïd au journal télévisé de 13h de Mayotte a 1ère du 14 mars

Malgré "l'accord de principe" sur une suspension de la grève à #Mayotte, les barrages ne sont pas levés ce matin et le mouvement semble même se durcir. Explication de Hakime Ali Saïd, journaliste à @mayottela1ere pic.twitter.com/yofi9LfzZ9

— La1ere.fr (@la1ere) 14 mars 2018

De son côté, le gouvernement se veut optimiste et semble ne pas avoir compris les demandes des mahorais.

 

Il apparaît de plus en plus clairement que les propositions annoncées par la ministre n’ont pas convaincu les grévistes. Ils attendaient et attendent toujours une délégation interministérielle. C’est-à-dire la venue prioritaire du Premier Ministre accompagné du ministre de l'Intérieur (pour répondre aux problématiques de sécurité), le ministre des Affaires Étrangères pour l’immigration, le ministre de l’Education pour la surpopulation et l’infrastructure des écoles, et le ministre de la Santé pour la problématique des naissances. Une volonté exprimée par Anchya Bamana, Maire de Sada (Centre-Ouest de Grande-Terre), lundi soir sur le plateau d’Info soir sur France Ô.

 

Anchya Bamana ne s’était pas trompée. Dès le soir même les barrages avaient repris. Il faut dire que la journée de lundi (date de l’arrivée d’Annick Girardin) ne s’est pas très bien passée. La ministre a rencontré les grévistes et les échanges ont été houleux. Notamment lorsque l’on a remis en cause sa légitimité la renvoyant à son statut de simple Ministre des Outre-mer.

 

De leur côté, le MEDEF et la CGPME ont eu le loisir de rencontrer la ministre. « On a pu lui faire le topo sur la situation économique, annonce Carla Baltus, Présidente du MEDEF Mayotte. “On a pu lui expliquer que nous sommes très en retard sur ce sujet, et qu’avec la situation actuelle, nous allons mettre au moins 6 mois à nous en remettre économiquement. Il faut absolument que le gouvernement nous offre carte blanche sur les charges sociales pour permettre à l'entrepreneuriat de se remettre sur pied. Actuellement l'île est paralysée, aucun employé ne peut se déplacer à cause des barrages, le port est bloqué avec des conteneurs de nourriture périssable qui attendent de pouvoir entrer sur le territoire. Ce qui est grave c’est que les barrages empêchent les pompiers et les urgentistes de passer. Par ailleurs, il faut arriver à faire la différence entre un barrage formel mis en place par des grévistes et un barrage non formel mis en place par des personnes mal intentionnées. La délinquance en profite. » Et concernant l’apport pécuniaire du gouvernement :« Oui ! c’est évident qu’il faut que l’Etat mette la main à la poche mais surtout il est impératif que cela soit accompagné d’ingénierie. Il nous faudrait au moins 2 milliards d’euros pour pouvoir travailler efficacement. Il est très important selon nous que cette aide profite à tous les Mahorais et surtout pas aux Comores. Mais il faut également que nous acceptions d’être en retard. »

 

Depuis 2011, date de la départementalisation de Mayotte, les planifications des gouvernements successifs pour sortir l’archipel de la crise ont été nombreuses, notamment le plan Mayotte 2025 sous François Hollande ; et plus récemment les assises des Outre-mer lancées par Emmanuel Macron.

 

La crise sanitaire guette Mayotte avec un hôpital qui n’est plus approvisionné en médicaments, les malades ne peuvent pas être transportés. Et la situation est aggravée par l’interruption du ramassage des ordures occasionnée par l’opération « île morte » qui entame sa 4ème semaine. Par ailleurs, la crise insurrectionnelle continue de sévir chaque nuit dans des localités, œuvre d’une délinquance juvénile toujours aussi active. Et ce n’est surement pas la levée des barrages qui fera cesser ces violences.

 

Pour ne rien gâcher, au milieu de cette crise, l’Etat doit essayer de fonctionner malgré tout, puisque le dimanche 18 mars, les élections législatives partielles doivent avoir lieu. 8 candidats, dont Ramiati Ali la députée déchue, sont déclarés en Préfecture.

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