Culture

mercredi, 31 janvier 2018 20:02

Raymond Gama : « Je cherche à savoir qui je suis »

Raymond Gama a présenté son nouvel ouvrage sorti en octobre dernier, « Les évolutions d’un grand domaine sucrier dans la Caraïbe (XVIIIème – XXème siècles) - le cas de Beauport à Port-Louis en Guadeloupe : La terre un moyen de production. » (Edition Lespwisavann), le 24 janvier dernier au musée de la canne de Beauport. Devant une soixantaine de personnes, Raymond Gama a parlé de son lien avec ce lieu et il a donné des pistes de lecture afin de pouvoir lire entre les lignes. Rencontre.

Raymond Gama a pris 20 ans pour écrire ce livre. Son point de départ, une thèse sortie en 1997, intitulée « Les évolutions d’un grand domaine sucrier en Guadeloupe : rapports sociaux dans le Nord Grande-Terre, aire de la société anonyme des usines de Beauport ». Ce livre de plus de 400 pages sorties en octobre 2017 n’est pas le fruit d’un travail plus fouillé, « mais simplement un travail plus épuré, un travail réorganisé ; mais il s’agit du même travail car toutes les structures de ce livre sont dans la thèse. »

« L’idée du livre je l’avais de tout temps. Chez moi la création n’est pas un geste univoque. Il faut une conjonction des éléments de tout ce que je suis ». Dans la présentation au public, Raymond Gama a donné les clefs de lecture de l’ouvrage. Des clefs afin de pouvoir lire au-delà des mots. « Il y a eu trois dimensions structurelles qui m’ont amené à la confection de cet ouvrage. La dimension spirituelle, la dimension militante et la dimension méthodologique ou scientifique.  Pour que le livre soit livre, il fallait que je me sente vraiment prêt à assumer ces trois dimensions là. Ce livre, c’est la dimension scientifique et technique. Mais la dimension spirituelle et militante se lisent à travers le scientifique. Il fallait donc que c’est trois dimensions se combinent en moi et que je sois prêt. ». Á travers cet ouvrage s’inscrit la démarche de savoir qui est Raymond Gama. Alors même si l’on ne sait jamais qui l’on est vraiment, l’auteur à tout de même quelques certitudes. « Je suis d’abord un homme. Je ne suis pas un nègre, ça c’est clair. Je ne suis le nègre de personne. Tout moun sé moun, voici mon credo. Mais je m’applique à trouver, dans cette généralité, qu’elle est ma singularité. Et aujourd’hui je l’ai formalisé et je l’enseigne à qui je veux. »

« La recherche d’informations sur un site comme Beauport est compliquée. »

« J’ai trouvé cette recherche à la fois encourageante et décourageante. Encourageante parce que j’ai eu accès à des documents classés au sein des archives départementales. D’un autre côté la débâcle provoquée par Hugo a rendu l’attitude des gestionnaires du site particulièrement désolante. Dans le sens où ils ont foutu en l’air un tas de choses dont je n’ai pas pu profiter. Donc j’ai regretté d’être intervenu trop tard car il y’a eu une masse de documents auxquels je n’ai pas pu accéder, qui a été jeté à la poubelle. » Contrairement à l’usine Gardel qui était sous l’égide du privé, Beauport, qui devient société anonyme en 1901, est l’un des sites les plus ouverts de Guadeloupe. Car en 1978, le secrétaire générale Garreta a fait un apport considérable aux archives de Bordeaux. Raymond Gama a eu accès pendant trois mois à ces archives. « Cela m’a permis de fermer la boucle avec ce que j’avais sur le terrain. Mais Beauport reste une expérience douloureuse. Les effets de l’exploitation capitaliste sont énormes. Ils n’ont pas de limites sur l’humain. Dans ce tome 1 j’essaie de traduire quelles en sont les conséquences les plus visibles. Á savoir ces hommes qui n’ont que leur force de travail et qui sont en connexion avec le capitalisme financier. J’analyse ce résultat. » Un apport réel, selon l’auteur, sur son interprétation les stigmates visibles encore aujourd’hui. « Elles sont inscrites dans le rapport entre les hommes ».

 

Les évolutions d’un grand domaine sucrier dans la Caraïbe (XVIIIème – XXème siècles) - le cas de Beauport à Port-Louis en Guadeloupe. Tome 1 : La terre un moyen de production » (Edition Lespwisavann), Raymond B. Gama, 422 p., 40 euros.

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