Société

lundi, 12 mars 2018 14:20

Journée de la femme : Lucette Michaux-Chevry l’implacable

Lucette Michaux-Chevry pleine de fougue, s'exprimant sur la femme guadeloupéenne en politique Lucette Michaux-Chevry pleine de fougue, s'exprimant sur la femme guadeloupéenne en politique

La ville de Petit-Bourg a organisé en ce jour de la journée internationale des droits de la femme une conférence-débat autour de la femme politique en Guadeloupe, à la salle ACL. Lucette Michaux-Chevry, véritable patrimoine vivant de la politique en Guadeloupe, était invitée à livrer son témoignage. Á noter la présence du député Olivier Serva.

« Dans cette société, que tu le veuilles ou non, le potomitan c’est la femme ! » C’est par cette phrase que Lucette Michaux-Chevry a conclu son intervention devant un parterre admiratif. Elle est la première femme guadeloupéenne à être présidente de Département et de Région et elle a l’art de captiver l’auditoire, qu’il soit de son bord politique ou non. C’est également la première femme guadeloupéenne à être élue sénatrice. Lors de cette conférence, s’est présentée au pupitre une dame qui vient de fêter ses 89 ans et qui, comme pourrait le faire une mère, donne des conseils aux jeunes femmes (notamment politiques) présentent dans l’auditoire. « En moi, il y a toujours eu cette espèce de rage de ne pas baisser les yeux. » commence-t-elle son discours en abordant son enfance et son rapport avec sa mère. « Elle a vite compris que même si je prenais une claque, je ne baisserais jamais le regard ». Cette force qu’elle possédait toute jeune ne l’a jamais quittée. Cela lui a permis de conquérir le respect des plus hauts dignitaires de l’État. « En 1986, Mitterand m’envoie en Autriche pour parler des minorités. Lorsque que j’ai découvert le texte que l’on m’avait écrit, j’ai refusé de lire en public. Je ne lis pas un texte qui me place en position de faiblesse. Mitterand m’a admiré depuis ce jour car il s’est rendu compte que j’avais des convictions. » Ensuite Lucette Michaux-Chevry a narré son entente avec Gerty Archimède. Durant toute sa carrière politique, cette « fanm doubout » a été victime de brimades pour être qui elle est : née femme et vouloir porter haut la parole du peuple. « J’ai vécu tout le mépris qu’aucune femme aurait pu ou aurait dû subir. On s’est attaqué à moi, à ma famille, on a menacé mes enfants. » Outre les remarques sur son rôle de femme, Lucette Michaux-Chevry a très vite compris qu’elle ne devait pas tomber dans les travers du jeu de charme pour s’imposer dans ce milieu masculin. Elle l’explique par cette formule limpide : « Tu ne m’auras jamais par le ventre. Tu m’auras par la tête. »

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(Lucette Michaux-Chevry et Julien Merion ont animé la conférence)

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(Le député LREM, Olivier Serva, était très attentif aux paroles de son ainé).

64 ans de vie politique

Lucette Michaux-Chevry a eu le temps durant sa carrière politique (qui n’est pas terminée) de voir l’évolution de l’archipel et de sa gouvernance. « À l’époque il y avait un peuple derrière toi. On ne te demandait rien. » Et à ce moment-là, la présidente du Sud Basse-Terre délivre un message plein de lucidité et de sagesse. Olivier Serva n’est plus là pour l’entendre. « La politique c’est donner de soi, être à l’écoute des gens. Avec ce peuple rempli d’affectivité, on se doit d’être à l’écoute. Si tu n’aimes pas cette population, si tu ne sais pas l’écouter ; alors ne fais pas de politique. » Là, elle marque un temps d’arrêt comme pour bien marquer la césure et tout en articulant bien, elle dit lentement « ce qui est important en politique, c’est ta capacité à t’oublier toi. » Puis elle remonte dans les tours. « Combien de politiques prennent de leur temps pour passer le dimanche avec les gens ? Dire que tu vas construire des logements sociaux, les gens s’en moquent, c’est ton métier de faire cela, ils veulent de l’écoute. Aujourd’hui, les politiques sont devenus des fonctionnaires. » La présidente de Grand Sud Caraïbe a également témoigné de son attachement sa terre et à sa volonté de ne pas se faire marcher sur les pieds par Paris. « Les ministres ne sont que de passage, ils ne sont là qu’une seconde » lance-t-elle implacablement. Il ne faut pas qu’ils disent ou qu’ils fassent ce qu’ils veulent explique-t-elle, relatant une mise au point qu’elle a faite lors de la réunion sur l’eau avec les ministres (LIRE NOTRE ARTICLE). Avant de lâcher toujours avec la fougue qui l’anime « douvan léta , swa ou ka kouché, swa ou doubout ! 

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(de gauche à droite : Sonia Taillepierre, adjointe à la mairie de Petit-Bourg et conseillère régionale, Lucette Michaux-Chevry et Gersiane Galas-Bondot, conseillère régionale).

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