Politique

vendredi, 30 novembre 2018 02:29

Annick Girardin tente de désamorcer la bombe réunionnaise

La tension était toujours palpable, jeudi soir, sur l’île de La Réunion, au terme de deux jours de visite de la ministre des Outre-mer, Annick Girardin. Pourtant, elle a multiplié les rencontres avec les manifestants, les élus, les organisations syndicales ainsi que agriculteurs. Elle a également annoncé plusieurs mesures susceptibles de relancer l’activité économique et d’améliorer le pouvoir d’achat. Sa démarche, qui vise à obtenir un retour au calme, après treize jours de manifestations, est pour l’instant sans résultat visible.

La ministre des Outre-mer, Annick Girardin, arrivée à La Réunion, mercredi, a dévoilé, comme prévu, plusieurs mesures destinées à redonner confiance aux Réunionnais et à favoriser la reprise de l’activité socio-économique sur l’île, qui est dans sa deuxième semaine de blocage. Face aux Gilets jaunes, aux socio-professionnels et aux élus avec lesquels, elle a échangé sur le terrain, elle a cherché à privilégier le dialogue direct. Cette méthode tout à fait louable n’a visiblement pas suffi puisque la tension est toujours vive sur l’île.

MILLE EMPLOIS AIDÉS DE PLUS
Après la publication de ses premières mesures sur le site de la préfecture, elle est passée à l’explication de texte. Parmi les annonces faites, citons la création de 1 000 emplois aidés supplémentaires avant la fin de l’année. Lors de son allocution, la ministre a déclaré avoir obtenu, avant son arrivée à La Réunion, 500 contrats de plus pour des CDI dans les entreprises et 500 pour le secteur associatif. Ces contrats, a-t-elle précisé, « devront, par contre, être attribués avant la fin de l’année 2018 ». Ainsi, a-t-elle insisté « avec le reliquat qui existe déjà de 900 contrats qui sont en attente de signature, c’est 1 900 contrats qui pourront être pourvus d’ici un mois, si l’activité reprend au plus vite ». 

SOUTIEN AUX ENTREPRISES VICTIMES DE LA CRISE
La ministre a également apporté une réponse directe aux conséquences de la crise. « Grâce au comité d’accompagnement de l’économie installée par le préfet, a-t-elle déclaré, toutes les entreprises réunionnaises peuvent bénéficier de plusieurs mesures d’urgence : une procédure accélérée de traitement des demandes de chômage partiel — ce soir, celles-ci sont encore plus nombreuses : 657 entreprises, pour 8 000 salariés — ; un étalement sur trois mois des échéances fiscales et sociales, entreprise par entreprise ; et des prêts de trésorerie accordés par les banques aux entrepreneurs avec une garantie publique apportée par la Banque publique d’investissement (BPI) ». Cet établissement pourra « reporter certaines échéances de remboursement de prét pour alléger la trésorerie des entreprises touchées par les événements ».   

UN EFFORT SUR LE LOGEMENT
La ministre a, par ailleurs, annoncé un effort en matière de logement. Elle a fixé trois priorités : 
- répondre aux besoins immenses en matière de réhabilitation, alors que 13 % du parc est insalubre ;
- développer le logement intermédiaire et encourager la diversification des parcours résidentiels ;
- favoriser l’accès à la propriété des occupants. Par ailleurs, plus de logements étudiants seront construits à la Réunion grâce à l’augmentation des prêts locatifs sociaux ou l’extension aux bailleurs privés du crédit d'impôt en faveur du logement social, qui viennent d’être votées au Parlement.

DES BLOCAGES ET DES ÉLUS REBELLES
Pour conclure son intervention, Annick Girardin, a lancé un appel à la levée des barrages : « J’appelle, encore une fois, chacune et chacun à la responsabilité, car je le répète : on ne construit rien sur des cendres. » Cet appel n’était visiblement pas entendu jusqu’à jeudi soir en tout cas, puisque plusieurs de points de blocage étaient encore répertoriés sur l’île. La ministre n’a pas trouvé non plus le soutien des élus, puisque sept des onze parlementaires de l’île ont décliné son invitation à participer à une réunion de travail jeudi soir.

UNE RÉFORME DE 2,6 MILLIARDS POUR L’OUTRE-MER
Pendant que la Réunion brûle, les autres régions d’Outre-mer regardent la situation avec attention. Certaines (Guadeloupe et Martinique en 2009, Guyane en 2017 et Mayotte en 2018) ont déjà fait leur « révolution ». Cela n’a pas empêché à la ministre de donner des précisions sur la réforme qu’elle propose pour favoriser l’emploi et qui porte sur 2,6 milliards d’euros pour les économies d’outre-mer. 

ACTION SUR LES CHARGES, L’IMPÔT ET LA DEFISCALISATION 
Cette réforme a trois objectifs qu’elle a détaillés.
1- Zéro charges autour du Smic pour faciliter les embauches. « Nous avons voulu favoriser les secteurs de la production locale : l’industrie, l’agriculture, le tourisme, le BTP et l’environnement. Ce sont près de 40 millions d’euros de charges en moins dans ces secteurs pour La Réunion. »
2- Soutenir la croissance des entreprises en diminuant les impôts grâce aux zones franches d’activité. « L’imposition sur les sociétés sera deux fois plus faible qu'à l’île Maurice. Nous l’avons fait car nous croyons que La Réunion peut attirer des nouveaux investissements. »
3- Soutenir l’investissement privé comme public. « La défiscalisation industrielle est prolongée jusqu’en 2025. Et le budget des outre-mer permet de lancer une politique ambitieuse d’investissement public qui permettra de créer un véritable choc d’activité. La Réunion peut attendre près de 500 millions entre 2019-2022 pour relancer l’activité économique et créer concrètement des emplois si les collectivités sont au rendez-vous. »

PAS DE RETOUR À PARIS POUR L’INSTANT
La ministre poursuivra sa visite ce vendredi. Elle ira à la rencontre du monde socio-économique. Elle ne devrait plus faire de grandes déclarations après cette journée, mais n’a pas prévu de date de retour. D’autant plus qu’elle est loin d’avoir gagné la partie. L’appel à la mobilisation lancé pour ce samedi, dans l’Hexagone, et l’accueil plutôt froid réservé aux mesures qu’elle a annoncées jusqu’ici, pourraient interférer dans la démarche de la ministre de ramener le calme sur l’île de La Réunion.

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