Culture

jeudi, 31 octobre 2013 07:50

Maguy DURCE – Une Ministre crée la Fashion Week à Haïti ! Spécial

Lors de l’événement mode Afro-Ka 2013 nous avons eu l’occasion de rencontrer l’ancienne Ministre de l’Industrie d’Haïti, de passage à Paris et aujourd’hui fondatrice de la Fashion Week d’Haïti dont ce fut la 2ème édition cette année. Maguy Durcé est ce que l’on nomme dans nos pays une véritable Poto-Mitan. Elle nous parle de mode alors que depuis 2010, bon nombre d’observateurs ont préféré parler de la misère haïtienne plutôt que de la lumière qui l’habille.



Outremerlemag.fr : Comment pourrait-on vous présenter, Madame ?
Maguy Durcé : Je suis une femme politique d’Haïti – créatrice de mode et d’accessoires. Je suis également urbaniste. Je suis à la tête de  Mode Haïti, un programme de développement de la filière de la mode qui comprend Haïti Fashion Week  et la construction d’un atelier moderne où les designers et des créateurs haïtiens pourront évoluer soient des stylistes, modélistes, des techniciens, des dessinateurs à tous les niveaux. Nous songeons aussi à ouvrir des magasins de mode haïtienne dans plusieurs pays, une mercerie où on trouverait le matériau de base et des tissus fabriqués au pays. Nous pensons particulièrement à la vente de franchises gérées soit par des haïtiens eux-mêmes ou un étranger aimant les produits haïtiens et qui souhaiteraient les mettre en exergue. J’évolue donc en tant que créatrice et gestionnaire dans le domaine de la mode.

Outremerlemag.fr : Vous parlez de mode assujettie au luxe alors que certains parlent de misère à Haïti ?
Maguy Durcé : C’est surtout cela qui a été notre leitmotiv. Nous sommes des créateurs et avons eu besoin d’une nouvelle dynamique. Nous avions voulu changer de paradigme par rapport à cette misère qui nous collait à la peau et aux yeux… Depuis longtemps, c’était les maisons écrasées et les esprits brisés. Nous sommes avant tout des artistes et malgré notre colère nous avons préféré nous réunir, créer un réseau de créateurs haïtiens et nous ouvrir aux autres pays comme les Bahamas, le Surinam et la République Dominicaine. Beaucoup de médias américains ou asiatiques nous ont offert leurs premières pages  et les télés ont retransmis nos défilés. Ils ont titré « Haïti est en train de sortir de la pauvreté à travers le luxe ». Nous avons été vu par 13 millions de personnes. Et, ce fut un véritable succès ! Nous avons transformé l’ire en une harmonie productive.

Outremerlemag : Comment se définit cette mode haïtienne ?
Maguy Durcé : La mode est un besoin qui convient à notre réalité. Nous sommes des insulaires, et cette insularité nous permet d’utiliser des matières dont nous disposons comme les tissus légers, les écorces d’arbres. Nous fabriquons nombre de nos accessoires avec des coquilles comme pour des boutons, ou des cornes de bœufs. Comme nos ancêtres les Taïnos, les Arawaks ou les Indiens qui nous ont laissé cet héritage artistique, nous nous emparons de cette faculté de création manuelle et même si nous n’avons plus de structures nous restons persuadés du bien-fondé de ces initiatives.

Outremerlemag : De la musique à la mode, de Toto Bissainthe* à Luck Mervil*,  - qu’est-ce qui définit la solidarité haïtienne ?
Maguy Durcé : Je crois que Haïti est une terre spéciale. Ce qui fait ma valeur au-delà de mon poste de Ministre ou  autres responsabilités politiques, c’est que je suis Haïtienne et une femme fière. Je vois Haïti comme une terre d’affranchissement. Il faut se souvenir du mot de Dessalines : «  Quelque soit l’esclave qui arrive à Haïti il devient dès lors un homme libre ». Haïti est un carrefour où s’installent différentes nations. Il y a une culture commune que nous partageons qui est celle de la liberté. Nous avons en nous l’humanité. Nous avons donné notre sang pour la Liberté du monde, pas seulement pour celle des Haïtiens et cela fait notre mérite. On se rendra compte un jour que notre terre est véritablement spéciale. (…) Haïti est un embryon de l’univers. Il y a une force spirituelle qui se dégage d’elle et qui nous porte malgré nos misères et nos galères. C’est un peuple qui tombe et qui se relève. Il vit dans la poussière mais est capable de transformer tout cela. Imaginez que sous les tentes, de nombreuses personnes ont créer des ateliers d’artistes. Certes tout n’est pas aisé mais nous refusons de nous laisser abattre. Jamais Haïti n’a eu ce niveau de perfection dans la création, et cela depuis le tremblement de terre. On transforme tout ce qui est utilitaire pour faire des bijoux  par exemple. Un nouvel esprit traverse notre peuple afin de continuer à exister.

Outremerlemag : Quel est le rapport des Haïtiens face à tous ces étrangers qui certifient arriver tels des sauveurs ?
Maguy Durcé : Personnellement, je n’ai jamais considéré les étrangers comme nos sauveurs. Si nous nous rappelons notre histoire, souvent l’étranger s’est trop souvent immiscé dans nos affaires nous empêchant ainsi d’évoluer. Quelquefois les experts eux-mêmes manquent d’objectivité sur ce qui se passent chez nous. Haïti devrait être géré et guidé par des Haïtiens compétents.



Outremerlemag : Peut-on à partir de cette vision, imaginer une femme Présidente ?
Maguy Durcé : Haïti est un pays pionnier, déjà en 1806 dans notre Constitution nous avions pensé qu’à compétence égale, un homme ou une femme devait avoir au même titre des réussites dans la fonction publique. Alors bien sûr, définitivement oui il pourrait avoir une Présidente en Haïti. Moi-même me suis engagée en politique et si cela devait se faire, je n’hésiterais pas à me positionner pour mon pays. Mais j’ai également de nombreuses amies  comme Madame Mirlande Manigat qui a été candidate pour les élections 2010-2011. Il y a de nos jours, un groupe de femmes qui émerge afin d’occuper des fonctions. Il y a eu d’ailleurs une première femme présidente mais la Constitution a fait qu’elle a du être remplacée. Mais dans deux ans j’espère qu’elles seront nombreuses à déposer leur candidature afin de présider Haïti. Nous sommes avant-gardistes et toujours prêts à le montrer au monde.

Outremerlemag : Comment vous l’Haïtienne, définiriez-vous le regard des enfants haïtiens ?
Maguy Durcé : Le regard d’un enfant haïtien est ambigu. Il y a de manière légitime dans leurs yeux de la tristesse  et des besoins. Mais il y a de la fierté, de l’espoir, de l’avenir et ils rient aussi beaucoup. Je suis contre les catalogues de la misère que l’on a plutôt tendance à vendre – des enfants en misère qui se baignent nus près des détritus, des enfants avec les têtes détressés, mais il y a autre chose -. C’est bien pour cela que j’ai créé le Fashion Week afin de démontrer ce dont nous sommes capables malgré le destin, raviver l’esthétique d’Haïti er sa beauté. Nos enfants sont des phénomènes qui ont l’envie de changer les choses. Souvent ils nous surprennent par leur force vive. Même nos vieillards avec le visage marqué, malgré le poids des efforts vains quelquefois restent fiers de leur appartenance.

Outremerlemag : Quelle est cette situation en République Dominicaine qui condamne les Haïtiens ?
Maguy Durcé : Je ne suis pas une spécialiste de la politique étrangère mais je puis dire qu’il faut se souvenir que dans un temps sous l’époque de Boyer, Haïti était le peuple qui occupait la République Dominicaine. Et jamais les Dominicains n’ont apprécié la fraternité haïtienne. Aujourd’hui on veut enlever le droit  des Haïtiens d’origine en République Dominicaine. Cependant ce pays voisin a été un pays d’accueil d’abord pour des ouvriers qui coupaient la canne sous Duvalier. A ce jour ce sont des étudiants capables de voter, surtout près de 300 000 haïtiens installés depuis longtemps et qui se revendiquent Dominicains.  Je n’ai pas tous les paramètres mais j’espère que ce problème sera résolu avec la pression internationale. On ne devrait pas enlever le droit de nationalité à un peuple qui depuis 1929 séjourne dans cet espace, soit presque 3 générations qui se réclament des Dominicains. Ce qui pourrait en plus poser un véritable déséquilibre au niveau des ressources humaines tant pour Haïti que pour la République Dominicaine, parce que ce sont des gens qui se sont engagés économiquement chez eux.

Outremerlemag : Qui est véritablement la femme Maguy  au delà de dame Durcé ?
Maguy Durcé : En fait je suis une femme comblée, mère de famille avec deux grands enfants qui étudient à Miami. Une fille et un garçon. Mon fils est créateur comme moi et nouvellement diplômé dans une école d’art. Ma fille quant à elle fait également son chemin de manière positive. Mes parents sont encore vivants et vive aux USA. Ma mère qui était couturière m’a beaucoup appris. Je suis comme on dit «  an tout sauce » - en fait je m’intéresse à tout. Et je suis capable de transcender parfois, je suis une croyante et je crois que mes aspirations me  permettent de mieux servir mon pays. J’ai été un professeur de carrière durant 15 ans, puis gestionnaire de l’Education Nationale. J’ai fait une école de  Lettres, qui m’a permis d’éditer des livres de poèmes,  puis une école d’urbanisme et enfin j’ai été confirmée en tant qu’artiste. Avec la politique publique où j’essaie d’impulser une nouvelle énergie, tout cela me résume. Tout est relié et c’est comme une vibration qui me permet avec mes doigts ou ma parole de me construire.

Outremerlemag : Quel conseil donneriez-vous aux jeunes femmes haïtiennes pour un mieux-vivre ?
Maguy Durcé : Surtout garder en vision ses rêves. Avoir un fil conducteur et rester intègre. On peut construire et défaire quelquefois puisqu’il y a plusieurs chemins de vie. Mais garder en tête que tout converge et si cette ligne est brisée des fois, garder patience. Avoir confiance en l’autre mais ne pas exclure la lucidité.


Deux figures de la musique haïtienne :

Toto Bissainthe – Chanteuse, compositrice et comédienne haïtienne. Elle fut l’une des fondatrices de la première cie de théâtre noir à Paris – en 1956 la Compagnie Griot. Elle sera durant des années une artiste incontournable. En exil une grande partie de sa vie, elle vit à Paris durant 30 ans et retourne en Haïti seulement après la chute de Duvalier Jean-Claude. Née en 193’ elle meurt en 1994 à Haïti.
*Toto Bissainthe – Monologue - La misère au soleil - http://youtu.be/epCJKLzmOKk
Extraits de l'album "CODA" enregistré live au New Morning de Paris. Mushi Widmaier : Claviers. Joël Widmaier : voix, batterie et percussion. Milena Bissainthe Sandler : voix et percussion.

Luck Mervil – Auteur compositeur mais avant tout activiste humanitaire. C’est au Québec qu’il sévit en tant qu’animateur télé. Il revient régulièrement en Haïti pour participer à des évènements caritatifs. Il a été découvert par le grand public grâce à au personnage Clopin dans Notre-Dame de Paris.
*Luck Mervil - "Ti Marie" on Ayiti Deploge - http://youtu.be/CrozLOTLF4U

 

 HAITI FASHION WEEK – Le Pari de Maguy Durcé.

Depuis deux ans – Haiti Fashion Week est l’un des  évènements les plus attendus en Haïti.

Maguy Durcé, la principale intéressée puisqu’elle en est l’initiatrice et la fondatrice est à ce sujet intarissable. Avec une formation littéraire et d’urbaniste, elle a su depuis  2012 mettre en lumière les mots et les formes pour faire valoir son projet ambitieux.

Aujourd’hui dit-elle, les haïtiens peuvent transformer « le poison en élixir ». Faire de cette poussière qui les « étouffe » depuis le séisme des « perles » qui gratifient leurs créations. De matériaux basiques du quotidien, ils transforment tout cela en accessoires précieux comme le fait de faire des bijoux à partir des emballages de « corn-flakes » entre autres choses exceptionnelles.

L’Haïtien est une personne qui malgré la galère se relève et reste capable d’en sortir de la beauté. C’est ce que reflète Haïti Fashion Week. Maguy Durcé souhaite avec ses collaborateurs faire de cet évènement un label pour Haiti. Une plateforme où les designers haïtiens comme ceux du monde entier pourront se rencontrer et ensemble promouvoir le savoir-faire du « Péyi Ayiti ».

La Présidente de CHAPES -Centre haïtien d'appui et de promotion d'entreprises - avec HAND le réseau des designers Haïtiens représenté par Maëlle David au côté également de Johanna Sylvain Joseph de l’Association Arcades, Brigandi Raphaël de l’Union Européenne et Madame Immacula Richard du Ministère de la Culture sont totalement investis dans cette mission.

L’Edition 2013 a été encore un véritable succès et gageons que pour 2014 le rendez-vous stimulera bon nombres de créateurs d’ici, d’ailleurs à participer et se joindre à la mode en Haïti pour comme il s’est dit cette année dit à Piétonville, au Caribe Convention Center : «Mod’ifions notre environnement».

Cette année elle a fait escale à Paris pour rencontrer les stylistes du concours AFRO-KA édition 2013, initiée par l’ancienne créatrice martiniquaise Myriam Jean-Louis et a pu se rendre compte de la nécessité pour tous de se rejoindre afin de mieux produire et communiquer sur la Mode aux Caraïbes. De cet évènement d’ailleurs il a été décidé que certains de ces concurrents, les finalistes seront reçus l’an prochain lors de Haïti Fashion Week 2014.

Haïti se révèle à la mode internationale :
HAITI FASHION WEEK - MODAYITI - MALOU CADET http://youtu.be/xAupFH4xpK8
HAITI FASHION WEEK - MODAYITI - MAGUY DURCÉ - http://youtu.be/cTNoaKb6_Ic



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