Culture

vendredi, 11 octobre 2013 02:38

Dédé Saint-Prix – l’Artiste humaniste

 

N’importe quel rendez-vous avec Dédé Saint-Prix, est comme une rencontre avec un chercheur. De toute façon vous en sortez pleinement enrichie. Il est sans cesse en train de rallier les uns aux autres, de réfléchir sur et pour la musique. Et que ce soit avec des Caribéens, des Français de l’hexagone, des Européens ou toutes autres personnes des continents du monde qui partagent avec lui la passion de créer et surtout de partager.  Dédé Saint-Prix, le Franciscain parce que natif du François Martinique est né musicien et honore le don que lui a donné le « Grand Maître » comme lui-même le nomme. Jamais il ne cesse de travailler et de transmettre tant au niveau de sa musique, la scène, les stages ou les master class. Avec lui, on se forme aux percussions vocales où il fait travailler le corps et la voix et la traditionnelle pratique des instruments de percussion comme le tambour.


Outremerlemag : Dédé Saint-Prix c’est une carrière de 30 ans, qu’est-ce qui te fait courir encore ?
Dédé Saint-Prix : En fait c’est un véritable sacerdoce. J’ai démissionné l’Education Nationale pour la musique. Je n’ai pas choisi la facilité mais la transmission de la tradition, la sauvegarde du patrimoine culturelle.

Outremerlemag : N’est-ce pas là une véritable attitude d’homme missionné ?
Dédé Saint-Prix : Probablement, ce qui m’importe c’est de me sentir utile à la société.  J’utilise la musique pour mon bien-être et pour améliorer mon rapport aux autres.

Outremerlemag : Dédé Saint-Prix depuis ta « chanson phare » Piblicité, la musique du Chouval Bwa, qu’est-ce qui définit ton œuvre ?
Dédé Saint-Prix : Ma musique a été sans cesse en évolution, en mutation. J’ai d’abord codifié le « chouval bwa », la musique traditionnelle des communes de la Martinique, je l’ai fait voyager à travers le monde et enseigné au Conservatoire d’Angoulême. Aujourd’hui d’ailleurs mes anciens élèves continuent  à la distiller aux plus jeunes et c’est cela ma notion de la musique. Porter la musique de nos territoires aux autre et la garder dans la lumière.



Outremerlemag : Mais le rapport avec l’autre, n’est-il pas une recherche perpétuelle d’équilibre ?
Dédé Saint-Prix: Je tiens à ce que chacun trouve sa place dans la société à travers la créativité. Je souhaite que tous soient en totale égalité. Qu’on y trouve sa place et même si cela n’est pas une évidence dans la société. Dans mes ateliers je m’efforce à ce que chacun soit en totale immersion et se sente exister.

Outremerlemag : Je sais l’importance qu’a pour toi la Société,  quel est ton regard sur la « chaotique » évolution dans nos sociétés antillaises ?
Dédé Saint-Prix: Il me semble que les bases s’effritent rapidement. Il y a la culture des « cours » qui s’est sont perdue, cet espace qui existait dans nos maisons où les gens se retrouvaient pour partager, échanger les mots, confier leurs maux et surtout se soutenir mutuellement. De nos jours, le béton a supplanté la Nature. Et puis il y a notre rapport à cette nature, il nous faut la respecter, lui laisser sa place comme un exercice de bonne éducation. On ne peut la détruire comme on le fait régulièrement sans penser qu’on en subira les conséquences et les méfaits. Le respect des uns envers les autres se perd, il nous faut envisager de regagner le sens et la valeur des choses sinon nous irons à notre perte. Respecter et prendre soin des anciens. « Un bonjour, un svp, un je vous en prie » est primordiale. Il nous faut d’abord nous intéresser aux gens de notre proximité, à nos proches. Imaginez que l’on se lève avec les réseaux sociaux et qu’on échange avec le monde entier, et cependant on ne s’intéresse plus à celui que l’on rencontre dans son escalier ou on ascenseur.

Outremerlemag : La musique est Tout et bienfaitrice, est-elle la source du bien-être ?
Dédé Saint-Prix : Oui définitivement. La musique éclaire notre âme, nos routes. Vivre avec la musique ne peut vous mener vers le négatif. Elle magnifie notre esprit et nous sublime.

Outremerlemag : Tu es un musicien de liaison. Qu’est-ce que travailler avec  des artistes d’ailleurs ?
Dédé Saint-Prix : C’est déjà rencontrer les gens. Et même si ils ne sont pas de grands techniciens, je vais au devant de gens simples et humains mais qui sont à mes yeux de grands hommes. Ce qui m’intéresse c’est de découvrir des talents purs.  Ces rencontres là sont enrichissantes et me portent un bonheur inestimable.

Outremerlemag : Comment nait une chanson de Dédé Saint-Prix ?
Dédé Saint-Prix : Cela nait d’un proverbe, d’un échange avec l’autre, d’une novelle entendue à la télé, ou d’une relation, ou d’un titre soufflé au cours d’une discussion. Je relate alors comme un chroniqueur  et, j’essaie de le fructifier à travers ma musique. Mais en amont il y a ce que j’appelle la période du « bleu de travail ». Il faut alors se concentrer sur la manière et la forme pour aboutir à l’harmonie.



Outremerlemag :  Comme Eugène Mona, Roger Raspail ou Max Cilla entre autres, vous avez donné la noblesse à la flûte des mornes et au tambour, y a t’il encore beaucoup à faire ?
Dédé Saint-Prix :  Il y a toujours beaucoup à faire. En Guadeloupe, en Martinique, en Guyane ou à Sainte-Lucie il nous reste à travailler afin de propager cet héritage. A Sainte-Lucie, par exemple Luther François me disait qu’ils ont perdu cette tradition de la flûte et qu’il souhaiterait que nous y travaillions ensemble.  La flûte des mornes mérite encore beaucoup d’attention et le tambour qui ne cesse d’évoluer nous réserve encore quelques révélations.

Outremerlemag : Comme à ton habitude, te voilà déjà en partance ? Quelle est ta nouvelle destination ?
Dédé Saint-Prix : Ah là j’en suis heureux parce que je repas vers des terres ancestrales. Puisque je serai pendant  le mois d’octobre en Afrique, un véritable voyage de connexion avec  les gens d’Afrique. Je dois remercier les Maisons de l’ Alliances Française, c’est en fait une continuité puisque le même qui m’avait convié en Equateur et en Colombie m’invite pour partager mon art. C’est toujours la question du réseau et du lyanaj (lien) pour rester en relation.

Outremerlemag : As-tu encore le temps de travailler avec « tes » enfants  de l’hôpital ?
Dédé Saint-Prix : Oui je prends toujours le temps pour eux. Avec l’association Musique et Santé, je reste intimement connecté. Je vais d’ailleurs travailler pour la première fois avec des enfants autistes lors d’une rencontre les 12 et 13 novembre dans un hôpital de Paris. Ce sera un peu l’inconnu mais un merveilleux challenge et je suis persuadé qu’il y a des belles choses qui se passeront à ce moment là.

Outremerlemag : Au milieu de tous ces rendez-vous, as-tu le temps pour l’enregistrement d’albums ?
Dédé Saint-Prix : Il y en a quelques uns puisque je ne m’arrête guère, c’est une véritable « boulimie positive ». Le premier que j’ai enregistré à Cuba et à Paris Raices y Culturas est sorti depuis peu. Il y a celui de mon protégé Sinké sortira bientôt. Un 16 titres  -Pommer/Saint-Prix- enregistré avec mon ami et talentueux Gérard Pommer qui sonne du tonnerre. Et dans les tiroirs il y a encore de nombreux autres qui sont pratiquement près puisque je n’arrête pas de produire des notes et des harmonies.

Outremerlemag : Les rares fois où tu ne fais pas de  musique, quel est ton hobby ?
Dédé Saint-Prix : Bon je ne suis pas bon cuisinier comme certains. Je fais beaucoup de marche. J’aime regarder les documentaires afin de me cultiver de ce qu’offre le monde.



Dédé Saint-Prix – Muzik
La chanson phare – Publicité - http://youtu.be/OQVwCfqmHi8
Connaissez-vous vraiment la Caraïbes - http://youtu.be/kTnr-65R0uc
Raices y Culturas – Making Off - http://youtu.be/kTnr-65R0uc

 

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