Culture

jeudi, 26 septembre 2013 04:48

Emeline Michel – Son Premier Amour s’appelle Haïti ! Spécial

« Partir de son pays n’est pas l’effacer de soi ou de sa mémoire » : voilà une phrase qui peut véritablement définir Madame Emeline Michel. Avec une carrière débutée depuis plus de deux décennies et qui transcrit toutes les valeurs d’Haïti. En elle, il y a la femme haïtienne de Gonaïves de même que celle plus éclectique et moderne comme peut l’être la new-yorkaise. Emeline Michel a transité dans plusieurs mondes avec son Haïti ancrée en elle.

Outremerlemag : Ton travail est-il toujours lié à une lutte pour Haïti ?
Emeline Michel : Oui bien sûr, il m’est essentiel de redorer le blason de mon pays. Il m’a beaucoup donné. Je veux bien comprendre que nous n’ayons pas les structures nécessaires à son rayonnement mais Haïti mérite des étoiles d’or. Je lui garde une profonde confiance. Haïti a un parfum, une essence que l’homme même dans sa misère transporte. J’ai saisi très tôt cela et de toute façon on se détache rarement de son premier amour. C’est pour moi un bonheur que de lui appartenir, toujours.

 

Outremerlemag : Pourtant tu es partie ailleurs, cela n’atténue t’il pas cette histoire d’amour ?
Emeline Michel : Bien sûr que non ! Je vis à New-York, j’ai habité le Canada et Paris, mais cette émotion qui m’envahit en débarquant d’un avion sur mon île, je ne l’ai pas eu ailleurs. Il y a toute cette beauté qu’offre ma terre natale qui m’a construit et nourrit inlassablement mon écriture. J’y puise mon énergie et j’éprouve le besoin de défendre ce contraste qui subsiste (…) Et à Haïti des gens vaillants résistent à toutes les meurtrissures qui la frappent.  Je songe à ma sœur Yole Dérose, fervente et énergique qui fait encore le concours « Haïti Cœur de Femmes » où elle présente les plus belles voix. Il y aussi James Germain qui m’invite toujours à ses séminaires pour former des jeunes et, les voir dans leur avidité d’apprendre garde mon espoir intact. Et même si certains d’entre nous sont partis, que nos voix ont germé ailleurs, il est de notre devoir de rallier le « péyi  chéri », de partager avec ceux qui écrivent l’avenir. Et ce sont toutes ces raisons qui me ramènent toujours chez moi, si nous restions détachés loin de lui, il me semble que nous serions abimés. Porter le flambeau de cette musique est gratifiant.


Outremerlemag : Dans Quintessence tu confortes encore ce sentiment d’appartenance,  comment peux-tu le définir hors chanson ?
Emeline Michel : Oui dans ce nouvel album j’ai envie encore de tailler le diamant qu’est Haïti. Il est mon « cœur » d’attache tel un port. Il y a un refrain qui m’ensorcelle « ou ka rétém an didan péyim ou pa ka  rétém péyi ya an didan moin » (même si tu m’enlèves de mon pays tu ne pourras pas l’effacer de moi), c’est la vérité. Quand je suis fâchée ou heureuse la première émotion reste haïtienne parce qu’elle est là et enracinée. Map palé tout lang mè lé kréol la tonbé an bouch moin (je parle différentes langues mais c’est le créole qui me fait le plus vibrer). Il y a une félicité dans les rythmes et le créole haïtien qui m’ancrent à lui.

Outremerlemag : Qu’est-ce-qui fait de toi cette femme profondément haïtienne et si new-yorkaise à la fois ?
Emeline Michel : C’est la flamme qui m’habite et qui m’aide à continuer. En tant qu’individu je suis perméable, je me permets le culte d’être dans le présent. Quelque soit la génération on se doit d’observer, il y a toute une vitrine d’inspirations face à nous. Quand je suis en Haïti je vois passer des tableaux qui changent à travers les années. Ces vibrations m’interpellent, je les absorbe alors, je les intègre assurément et essaie de les redonner sous forme de musique au public. Je ne pouvais rester attachée aux années 80, cette époque où le génie de la musique a plané sur notre pays, où le départ de Duvalier a permis la révolution et  où on retrouvait la force des chansons « racines ». Mais un autre monde a également pris place, il y a l’apport de l’extérieur, comme le rap ou le gospel de l’Amérique qui tiennent désormais une place importante. Ce qui est primordial c’est d’écouter et cela est clé dans la création. Je me force de ne pas me perdre dans le temps, d’évoluer dans l’espace où je vis et surtout de rester à jour.

 

Outremerlemag : Comment as-tu rallié une littéraire comme Miss Danticat à ton univers ?
Emeline Michel : Edwige Danticat est une sœur. Je crois  au coup de cœur parce que je suis sensible aux gens vrais, je n’aime pas le surfait. Je ne pense pas que l’on en ait besoin pour échanger. Quand je la lis je touche Haïti du doigt et elle-même a su reporter notre terre dans un autre pays. C’était comme une évidence parce mon rapport à la lecture de ses mots m’a secrètement donné envie de les chanter.  Je voulais redéfinir les moments de la tragédie d’Haïti survenue en 2010. Aux yeux du monde nous étions un sujet d’actualité qui allait de toute façon laisser place à autre chose dans les médias et que souvent on tâche d’ignorer. Ce qui m’importait c’était d’honorer la mémoire de nos frères morts dont on ne sait pas pour certains où sont les dépouilles. Ce malheur plus grand que nous, et la démarche littéraire d’Edwige comme celle d’une  sociologue a donc permis cette belle expérience. Son écriture traduit bien la politique des Etats-Unis face à notre contrée. Et par estime elle a accepté d’écrire sur le dernier opus. Je lui ai donc envoyé une photo de Benji ce jeune danseur exceptionnel mort lors du séisme pendant qu’il enseignait. Je voulais surtout témoigner mon respect à ce jeune artiste que j’ai beaucoup aimé, Edwige s’est  inspiré de la mélodie que  j’avais faite et ainsi, est née la chanson « Dawn ». Tout ça a été magique.

Outremerlemag : De cette petite fille de Gonaïves jusqu’à la scène du Carnegie Hall, que gardes-tu ?
Emeline Michel : Ah, tu sais il y a une chose que je refuse de perdre, c’est mon héritage haïtien et l’espièglerie.  Je suis née dans une famille où tout le monde se taquine, on rigole même quand les choses nous font mal. Chez nous en Haïti la malice fait corps avec notre quotidien. Et j’ai le souvenir de mon enfance, de cette période majestueuse et inoubliable de ma vie. Je passais les trois mois de vacances à Dubédou. Il n’y avait pas l’électricité mais une grande cour avec une nature verdoyante, une petite rivière claire où on se baignait le matin. On vivait de manière naturelle, les enfants presque nus la plupart du temps. Là étaient bâtis plusieurs petite cases où celle de mon grand-père plus grande s’élevait. Et le soir on grillait à la pleine lune le maïs du mois d’aout et on écoutait les contes de la grand-mère hérités de nos anciens. J’ai quelquefois la nostalgie que mon fils n’aura pas connue cette Haïti là. Et j’ai plaisir à parcourir dans ma mémoire ou à travers mes chansons ma campagne de petite fille. C’était là un paradis qui reste collée à mes compositions


Outremerlemag : Au-delà de la sérénité qu’ offre ton art, comment penses-tu tes blessures ?
Emeline Mihcel : C’est souvent  le regard d’un enfant qui me porte un baume.  L’innocence, la naïveté, cette fraicheur là, les éclats de rire me permettent de reprendre un souffle nouveau. Les regarder jouer au ballon ou sauter à la cordeau milieu des débris, et je m’interroge : à savoir s’ils sont conscients du questionnement des adultes à propos du futur.  J’apprends énormément des enfants et, cela me ravive toujours. Alors quelquefois au bout d’un doute ou d’un moment de tristesse je tâche de rire et de repartir en avant, comme eux faire un pas après l’autre, vivre un jour à la fois.


Outremerlemag : Pour conclure sans trop le vouloir d’ailleurs, qui est la femme Emeline ?
Emeline Michel : D’une simplicité tu sais. Parce que je vis très humblement. Le délice pour moi est de savoir qu’en rentrant à la maison, je pourrai me plonger dans un bon livre et déguster un thé au gingembre... Le fait d’avoir été éduquée dans une famille chrétienne où l’humilité, la compassion priment m’oblige à me garder au second plan. Quand je sors de scène j’aime me retrouver chez moi et cuisiner pour les miens par exemple.

Outremerlemag : Quelles sont tes activités à New-York ?
Emeline Michel : C’est vital pour moi de me sentir utile.  Je suis en ce moment dans un programme à Carnegie Hall (New-York) où l’on visite les prisons et les hôpitaux. On fait avec des jeunes délinquants en probation des séances d’écriture. Dans ces ateliers on les forme à écrire leurs ressentis.  Je tiens à le faire parce que cela me rappelle que je ne suis qu’un instrument. Et si j’arrête de communiquer, de voir les autres tels qu’ils sont et d’échanger avec eux, je me sentirais en déséquilibre.

Outremerlemag : As-tu jamais songer à écrire ton histoire, toi l’amoureuse de lecture ?
Emeline Michel : J’ai un nouveau carnet à chacun de mes voyages et je prends régulièrement des notes. J’y ai songé un peu parce que l’on me l’a quelquefois suggéré. J’aimerais l’aborder comme une fusion à deux mains et il faudrait que je ressente la bonne chimie pour m’y abandonner. J’écris les chansons comme une peinture de ma vie. Ecrire est une chose mais avoir la bonne forme ne me semble pas si aisé. J’ai surtout la manie de peu regarder en arrière et écrire sa vie reste un peu un retour dans le passé. Et cela peut être une belle perspective pour motiver nos jeunes. Cela me ramène à un souvenir – je sortais du taxi un jour et j’étais alors à l’affiche du Carnegie Hall et il était écrit « Sold Out » (complet) et cela m’a permis de constater je n’avais jamais rêver en posant le pied à New-York chanter dans ce lieu mythique. Et bien sûr tout cela me ramène à ce que pourrait être la positivité de transmettre dans un livre.

 

Couleurs musicales d’Emeline Michel
Emeline Michel - (Many Rivers To Cross).avi  -  http://www.youtube.com/watch?v=2z7LEbHAUrs&feature=share&list=PL53BB94E52D9B2368

Emeline Michel - Dòmi kole - http://youtu.be/yTduwCPobjQ
Mèsi la vi - http://youtu.be/umqrh0-eiAg

 

 

Emeline Michel & James Germain à la Maison des Cultures du Monde – 101 boulevard Raspail – Paris 6ème
Deux ambassadeurs  de la musique haïtienne investissent une scène parisienne pour une attente bien comblée.

Et cela est évident que ce seront deux rendez-vous exceptionnels.
Comme des « enfants » d’Haïti qui s’estiment mutuellement et qui ont le même premier amour qu’est Haïti, Emeline et James feront la part belle au patrimoine culturel de leur pays avec à leurs côtés :
A la basse Calvin Jones, un contrebassiste amérindien-américain qui sera là pour créer les ambiances électriques.
Au piano Yayoï Ikawa qui est du Japon. Nos malheurs avec ce qui s’est passé au Japon et Haïti nous ont rapproché.
A la batterie – Gashford Guillaume, le compagnon de très longue date.
Aux percus il y a Atissou Loko, le sublime dans les rythmiques.
Et à la Guitare Dominique James un excellent musicien que je partage avec Angélique Kidjo. On reste en équilibre entre le Bénin et Haïti.
Et bien sûr « l’Empereur » James Germain dixit Emeline Michel « qui est sensiblement mon autre ».
Gageons qu’avec ces deux là s’écrira à nouveau une page d’amour pour Haïti chérie.
Au total des musiciens qui font partie de l’équipe d’Emeline Michel depuis longtemps et deux choristes choisis sur place qui feront de cet événement des moments pleins de magie haïtienne.

Emeline & James de retour à Paris après 20 ans
http://youtu.be/wOPuwhOd2ts

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