Culture

jeudi, 12 septembre 2013 04:41

Jenny Alpha – Intemporelle comme une Sérénade Spécial

En se souvenant d’elle, nous ne pouvons oublier le jour de son 100ème anniversaire, sans savoir qu’il était l’un des derniers où nous la voyions « bèlman » entourée. Se rappeler de Jenny Alpha c’est ouvrir la mémoire à moult fragments de vie. Penser à Jenny c’est s’engager dans le chemin du théâtre, il en fut aussi quelques sentiers du Théâtre Noir. Elle fut parmi les pionniers de ces Comédiens Nègres, entre Liensol Robert - le Grand, parti presque dans l’anonymat, ou Darling Légitimus entre autres. Jenny a donné le verbe avec la verve créole maitrisant sans cesse sa double culture..



Lorsque l’on rencontre Jenny Alpha, ce qui émane d’elle en premier lieu, c’est l’halo de lumière… Coiffée de sa chevelure argentée, d’un regard franc et rieur son sourire qui invite au dialogue (...) Face à elle, assurément nous voilà campée devant une femme riche de tout son parcours professionnel et personnel.
Si on la questionne sur sa vie, soyons prêts pour un récit de mille et une vies, celles de l’enfant née l’année même où la Comète de Halley passe au plus près de la Terre le (19 mai 1910 précisément). Elle naîtra le 22 avril à Fort-de-France en Martinique dans une famille aisée qui la laissait libre de se baigner dans les contes et les rêves. Si on lui demande pourquoi  le choix de son métier elle répond : «  c’est la faute de mon père qui dès six ans m’emmenait voir les spectacles présentés par les troupes venues de Paris ».



C’est à 19 ans qu’elle quitte sa terre natale pour s’installer en France hexagonale. Elle y sera institutrice pendant quelques années précédant la déclaration de guerre.

Le plus fascinant c’est que pendant la guerre, elle fait partie intégrante de la Résistance. L’après guerre la ramène malgré les années sombres à la lumière pour mener son plus vif combat celui de faire reconnaître sa culture. Dans le même temps, le jazz l’envoûte un « peu beaucoup » tout comme le poète Noël Villard dont elle deviendra l’épouse et qui lui dédiera de nombreux vers. D’abord tournée vers le Music-Hall, Jenny fut danseuse et chanteuse. Elle fait ses premiers pas dans des Cabarets en 1939 avec un spectacle folklorique antillais. De 1945 à 1950, Jenny sera une vedette adulée, puis chef d’orchestre jusqu’en 1966, avec des chansons en créole, en français, en cubain ou en anglais ce qui lui permettra de sillonner une grande partie du Monde. Elle chantera durant des années les grands classiques de Jazz, et les airs traditionnels de la Martinique et elle rencontrera à ce moment là  Duke Ellington et Joséphine Baker.

Au Cabaret la Canne à Sucre, elle rencontre le fameux graveur appelé Lemagny, celui là même qui est à l’origine du timbre de la Martinique à son effigie. On dit qu’il fut quelque peu amoureux d’elle. Tout le long de sa longue-longue-longue-longue carrière, parce qu’elle l’a été, longue cette carrière, Jenny Alpha n’a jamais oublié ce metteur en scène qui lui balança :      « ce rôle n’est pas écrit pour une noire », ce à quoi Messieurs, la Dame rétorqua : « Le rôle a été écrit pour une femme ; le public est ce que l'on en fait ; le théâtre, c'est la vie et les Noirs sont dans la vie, pourquoi faut-il qu'ils restent invisibles ». Cela a t-il tellement changé d’ailleurs…? Et puis, voilà le décor planté, ce qui sera durant toute sa vie son moteur : combattre cette attitude.


Avec Toto Bissainthe elle fera partie de la Troupe des Griots créée et dirigée  par Robert Liensol,  elle renoue avec sa passion première le théâtre. De castings en castings, elle résistera à tous les refus. Elle jouera dans les Nègres de Jean Genêt, puis Jean-Marie Serrault lui offre un rôle dans la Tragédie du Roi Christophe d’Aimé Césaire mais il faut attendre jusqu’en 1978 un rôle sans caractéristique de couleur. Malgré tout, elle aura tout joué depuis 1947.

Après 40 ans d’une carrière théâtrale, le premier rôle de La Vieille Quimboiseuse et le Majordome jouée au côté de son complice Robert Liensol, l’autre géant du théâtre et du cinéma. Son rôle le plus marquant dans la Folie Ordinaire d'une Fille de Cham, lui permet de laisser libre-court et d’oublier sa timidité originelle. Jenny Alpha c’est la quintessence du théâtre français, et au crépuscule de ses 100 ans, ce 22 avril 2010, elle garde la magie d’un arc en ciel courbé sur en baie de Fort-de-France, comme une première lueur matinale, elle garde tout le bonheur d’antan reconstitué cent, mille fois comme l’odeur de kafé chô lè jou ouvè. Et… son rire, il nous transporte dans une courée du côté du péyi Martinique, ses souvenirs nous font traverser l’espace temps comme lorsque s’ouvre le rideau du plus beau des théâtres.


Jenny Alpha est la mémoire du siècle qu’elle a marqué de son empreinte exceptionnelle.
Jenny Alpha est l’icone d’un « péyi », d’un peuple, d’un métier celui qu’elle a apprivoisé toute sa vie.
Et, lorsqu’en janvier 2009, elle reçoit la médaille de la Légion d’Honneur, c’est en toute légitimité. Jenny Alpha c’est avant tout une force de caractère, l’humilité, la générosité : tout ce qui lui a permis de rejeter toutes les barrières. Elle a été la merveilleuse grand-mère que nous chérissions.
 
En la faisant Officier des Arts et des Lettres Renaud Donnedieu de Vabres a déclaré : « Vous avez joué un rôle précurseur, pour faire connaître et reconnaître la culture des Antilles, ouverte sur toutes les sources de son histoire, exemplaire de la force de la liberté - liberté de créer et de recréer - et donc sur l’universel ».

En 2010, 5 mois après la fête de ses 100 temps, Jenny a tiré le rideau sur une vie remplie de générosité, d’humilité, de travail, d’amour, d’amitié, et, de Théâtre. Celle qui était née pour dire les mots des autres, a défendu ses convictions. Elle a su nous insuffler le respect d’une identité « originaire ». Cependant, au cours de sa vie son combat a été mené sans mépris toujours avec le respect de l’autre.
Souvenons-nous d’elle en « présent parfait » pour ne pas la conjuguer en « passé imparfait », lors de la nuit de sa fête d’anniversaire en Avril 2010, 100 & 100 lumières ont du briller lors de cette « swaré ».
(…)
Et, le Musée Dapper s’est empli peu à peu, pendant que le soleil couchant cédait la place aux lueurs de la lune.
Et, la salle l’honora par moult applaudissements, lors de son arrivée, comme on le doit à une Grande Dame. Ministre, comédiens, amis y étaient présents.
Et, comme un moment de bonheur s’accompagne quelquefois d’un autre, c’est le Marqueur de Mot, « essence (d)’Elle », Maximin Daniel qui fit son éloge en citant les Damas ou Césaire qui l’ont sensiblement aimée. Nous étions alors ce soir-là tous ses enfants. Et, planait sur la salle la mémoire des dames de ses amies qui ont marqué ce temps prolongé pour ses 100 printemps : Suzanne Césaire, Moune de Rivel, Paulette Nardal, Joséphine Baker, Edith Lefel…

Et chacun retint son souffle quand l’hommage débuta. Nous étions là, tous « suspendus » comme le temps même, aux lèvres des différents orateurs qui honoraient notre Jenny. Il y eut des chanteurs, des comédiens, des photographes, des journalistes, des amis, fans de la première heure et des parents chéris, dont sa nièce Nicole et les dames Marie, Cécile & Tina qui lui été dévouées jusqu’à son dernier souffle.
Et, la fête a été pleine des rires d’antan de Jenny comme l’enfant en elle qui s’amuse de ce tourbillon… et la « kadans kréyol : jazzé ou biguiné ». Et le gâteau soufflé !!!
Plus tard vint, Sa Sérénade du Muguet, pour la première fois interprétée par Tricia Evy, excellente et soutenue par la basse de Thierry Fanfant et le piano de David Fakeure (celui même qui lui fit enregistrer son album en 2008), « épi Misié Médame », l’accordéon du « vieux frère » Roland Pierre-Charles empreinte de la sonorité « d’antan lontan ».

… Et, après ce légitime hommage, entourée de nombreux des siens, Jenny a bu quelques gouttes « bullées-champagne », goûter quelques « amuse’bouche », salué ses amis.

Et, notre Muse-Amie s’en est allée vers son home-sweet du XVème arrondissement de Paris. Nous laissant les images plein le cœur, des sourires bien-être, et quelques mots au coin de l’oreille que nous porterons à jamais eu fond  « D’âme’an’nou »….


Ce fut pour de nombreux d’entre nous notre dernière vision d’Elle, une chute aura suffit pour l’emporter vers d’autres cieux.

Trois ans déjà et le souvenir reste intact !


Jenny en chansons et en images
Douvant Pote Doudou - http://youtu.be/cMjOidCwc-o
Sérénade du Muguet -  http://youtu.be/MYIF2Kcpr1g
Lumières sur Jenny Alpha - http://youtu.be/ZwSNrWWlmoY
Inauguration de la Place Jenny Alpha – Paris 15ème - http://youtu.be/m_OjreInQBA

Partenaires

CANGT NORD GRANDE TERRE
CAP EXCELLENCE

Derniers articles

Les + lus

Rejoignez-nous sur Facebook

Recevez les actus par email

Recevez par mail les dernières infos publiées sur OUTREMER LE MAG'

Rechercher