Culture

samedi, 12 janvier 2019 22:29

La chanteuse lyrique Léïla Brédent promise à une carrière royale

Les connaisseurs voient en elle la future Barbara Hendricks. C’est vrai que le nom de Léïla Brédent rime avec talent. Profitant de son séjour en Guadeloupe, sa terre natale, elle a fait profiter de son potentiel vocal à quelques privilégiés. C’était d’abord à Baie-Mahault, place Childéric-Trinqueur, pour un concert de Noël avec d’autres artistes, puis à la cérémonie organisée par la Région, au Mémorial Acte, en hommage à Maryse Condé, prix Nobel alternatif de littérature. Sa dernière prestation, mercredi soir, au Café Philosophie, à Jarry, a séduit le public, dans lequel l’écrivaine guadeloupéenne était de nouveau présente. Ce dimanche, elle retournera dans l’Hexagone pour poursuivre ses activités artistiques. Auparavant, elle s’est confiée à outremerlemag.fr.

Ça y est ! C’est la fin de votre séjour. Elle s’est terminée par une très belle prestation au Café Philosophie de Farid Abdelaziz, avec le pianiste Grégory Beer. Comment avez-vous vécu ce moment ?

Ça s’est très bien passé. En plus le cadre est très intimiste. C’était très chaleureux. 

On dit de vous que vous êtes la future Barbara Hendricks, qu’en pensez-vous ? Est-ce que ça vous met la pression ? 
Oh la ! Ah non, pas la pression ! C’est un honneur. C’est un compliment. Surtout pas la pression. Je sais qu’il faut que je travaille. J’espère avoir la carrière qu’elle a. Si les gens pensent que je peux avoir un tel parcours, j’en serais ravie. Je ne sais pas si j’ai le talent pour cela, ce n’est pas à moi d’en juger. En tout cas je travaille. 

« SI JE N’AVAIS PAS RENCONTRÉ MOLIÈRE ATHALYS, JE NE SERAIS PAS À CE STADE-LÀ »

Comment êtes-vous arrivée à un tel niveau dans le chant lyrique, qui n’est pas à la portée de tout le monde ?
Le niveau, je l’ai eu grâce à mon travail et grâce à ma rencontre avec mon maître de chant, Molière Athalys, également Guadeloupéen. Si je ne l’avais pas rencontré, je ne serais pas à ce stade-là.

Comment avez-vous découvert le chant lyrique ?
J’ai toujours aimé chanter, mais l’initiation au chant lyrique s’est faite au moment où je faisais mes études de musicologie. J’ai eu un Deug et une licence de musicologie. En parallèle, il y avait des cours, notamment avec des chorales. Et comme j’ai toujours aimé le chant, je suis allé au Conservatoire national de Poitiers, la ville où j'étudiais, mais sans pour autant envisager une carrière. Le désir d’aller plus loin est arrivé au moment où j’ai commencé à prendre des cours avec mon maître de chant, il y a une dizaine d’années. 

« JE SUIS UNE CHANTEUSE D’OPÉRA, MAIS JE N’OUBLIE PAS MES RACINES »

Quels sont vos rapports avec la musique de chez vous ? Le zouk, la biguine, le gwo-ka…
Ce sont mes racines. Je suis née en Guadeloupe. J’ai vécu toute ma scolarité en Guadeloupe, j’y ai obtenu mon bac. Mon rapport avec la musique de chez nous est lié à mon enfance. 

On ne trouve évidemment pas trace de ces racines dans vos interprétations ?
Eh bien non ! Le style est à chaque fois différent. Cela ne m’empêche pas de vouloir interpréter un chant traditionnel. Ce n’est pas improbable, mais comme je suis en début de carrière aussi, il est important que je fasse entrer dans la mémoire collective que je suis une chanteuse d’opéra dans un premier temps. Cependant, je n’oublie pas mes racines. Je continue à écouter mon zouk, les musiques qui m’ont vu grandir.

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« LE 31 JANVIER, JE DONNERAI MON PREMIER CONCERT À NEW-YORK »

Comment envisagez-vous la suite de votre carrière ? 
Beaucoup de travail ! J’ai énormément de chance. J’ai une belle année qui s’annonce. Le 31 janvier, je donnerai mon premier concert à New-York, au Schomburg center. Ce sera un premier pas pour moi dans la perspective d’une carrière internationale. C’est une belle page que je commence à écrire. Je suis contente d’avoir eu cette invitation.

Comment avez-vous eu cette opportunité ?
C’est le résultat de ma rencontre avec le chef d’orchestre Marlon Daniel avec qui j’ai travaillé l’année dernière. Il a fait le festival international de musique Saint-Georges. C’est lui qui m’a proposé de faire ce concert.

« JE REVIENDRAI EN GUADELOUPE AU  MOIS DE MARS POUR LE FESTIVAL DE MUSIQUE SAINT-GEORGES »

À part cette date, quel est le programme de l’année ?
J’ai des concerts privés comme d’habitude et des festivals au mois de juillet. Je reviendrai en Guadeloupe au  mois de mars pour la deuxième édition du festival de musique Saint-Georges, à l’occasion du 220e anniversaire de la mort du Chevalier de Saint-Georges. C’est donc une année importante. J’ai, à nouveau, été invité par Marlon Daniel pour interpréter des œuvres du Chevalier de Saint-Georges et d’autres œuvres, avec de grandes pointures du chant lyrique, des artistes internationaux notamment américains. D’autres petites choses sont prévues dans la carrière mais je ne peux pas forcément les annoncer pour l’instant. Ce sont de belles choses en tout cas. 

Y a-t-il des points sur lesquels vous allez travailler en particulier ?
Non pas spécialement. Il faut toujours s’améliorer de toute façon. Je continue à travailler avec mon maître de chant, soit sur place quand je suis en Guadeloupe, puisqu’il y est installé maintenant, soit à distance. 

Auriez-vous un souhait particulier à formuler en ce début d’année, pour le chant lyrique en Guadeloupe ?
Il y a toujours eu des gens qui ont aimé le chant lyrique et qui ont voulu en faire, mais ils ne pensaient pas y parvenir parce que c’était inaccessible. Ils n’avaient pas la possibilité de le faire, peut-être par manque de professeurs ou de structures. Je ne sais pas quelle est la situation désormais puisque je ne suis pas en Guadeloupe, mais je pense qu’aujourd’hui, avec moi, avec Carole Vénutolo — qui a fait un gros travail de « vulgarisation », dans le sens où elle est allée vers la population pour lui faire découvrir le chant lyrique —, les gens vont se décider à faire carrière. Je pense qu’on a quelques petites pépites, un peu comme les grands athlètes. 

L’AVIS DE GREGORY BEER, SON PIANISTE :
« LEÏLA EST DEVENUE UNE GRANDE CHANTEUSE »

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« Léïla est une chanteuse professionnelle, qui a des exigences. C’est moi qui dois me mettre à son niveau. » Grégory Beer a les yeux qui pétillent quand il parle de Léïla Brédent.  C’est lui qui l’accompagne au piano à chacun de ses concerts en Guadeloupe. « Je la connais depuis 4-5 ans. Elle est devenue une grande chanteuse. On ne peut pas la comparer avec d’autres chanteuses d’ici. Elle progresse chaque mois. » Le pianiste polonais est lui aussi un très grand professionnel. Arrivé en Guadeloupe en 1992, il dirige une école de musique, à Pointe-à-Pitre, l’Institut Chopin, du nom de son compatriote, le grand compositeur du XIXe siècle. L’ancien élève du Conservatoire supérieur de musique de Gdansk, en Pologne, apprend aux jeunes Guadeloupéens le piano, le violon, la guitare et l’accordéon. Il a commencé par dispenser des cours à domicile. Depuis qu’il dispose de son local (*), en 1997, il a formé plus de 500 élèves et continue à sortir de petites perles, comme Yannis Maced. Et à chaque prestation de Léïla Brédent, il fait en sorte qu’un de ses élèves passe en première partie, histoire de les habituer à jouer face à un public et de faire en sorte qu'ils s'habituent à participer aux différents concours nationaux et internationaux. 
(*) Institut Chopin, résidence Ernestine-Webbe Bat.D, appt 51, rue Hincelin à Pointe-à-Pitre. Tél. 05 90 91 78 89 ou 06 90 90 40 35.

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