Culture

mercredi, 08 août 2018 18:11

Voile Traditionnelle : Martinique, Guadeloupe ; menm bagay, menm biten ?

Issues d’une même tradition halieutique, la yole et le canot saintois font aujourd’hui partie du décor sportif incontournable de la Martinique ou de la Guadeloupe. Cependant, ces deux évènements, ces deux Tour, sont-ils comparables ?

Le 5 août dernier, la Yole UFR/Chanflor rentre victorieuse dans la rade de Fort-de-France. Là, une dizaine de milliers de personnes est sur le bord des quais, impatientes de féliciter leurs champions. Un engouement remarquable pour une course de voile traditionnelle unique au monde.

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UFR/Chanflor arrivant en vainqueur à Fort-de-France. © Meg K2Com

Depuis 1984, le Tour de Martinique des Yoles Rondes est l’évènement sportif de l’île aux fleurs. Cela fait 34 ans qu’au début du mois d’août, toute la Martinique se passionne pour cette course haletante où une quinzaine d’équipages se lancent à voile tendue dans une course effrénée de ville en ville. Le créateur de ce Tour, c’est Georges Brival.  Il a adapté les « kous kannot arrêté » à la Yole, qui elle-même est issue du gommier. Pour lui le but était très simple, « faire comme un orchestre. C’est-à-dire avec 10 yoles, organiser des courses et gagner de l’argent, à l’image d’une prestation musicale » (1). Depuis l’orchestre a donné lieu à un festival, notamment grâce aux publicités présentes sur les grandes voiles rectangulaires qui peuvent mesurer jusqu’à 85m².

Mi bel kous kanno

Parmi les supporters invétérés de courses de yoles, le chanteur Dédé Saint-Prix est l’un des plus illustres. Grand défenseur de la tradition. Dédé fut présent dès la première édition et n’a cessé de clamer son amour à la Yole. Comme cette chanson, sortie en juillet dernier, Mi bel kous kanno.

« Ce doit être ma 4ème ou 5ème déclaration d’amour à la Yole, j’ai notamment chanté Sikine Sikine en 2002 » avoue Dédé Saint-Prix. Mais pour cette chanson, c’est différent, le « griot des iles » comme il est parfois surnommé, a rencontré un spécialiste du gommier. « Malheureusement, je n’ai pas pu mettre le dixième de ce qu’il m’a transmis dans la chanson » se désole Dédé Saint-Prix. Originaire du François (comme la Yole gagnante du Tour 2018), il a baigné dans les « kous kannot arrété » depuis son enfance. Dédé Saint-Prix voit donc d’un très bon œil la possibilité d’inscrire la Yole au patrimoine de l’UNESCO. « Cependant, j’ai un seul regret » rajoute-t-il, « j’aimerais vraiment que les yoleurs qui prennent sur leur temps et qui prennent des risques soient rémunérés comme il se doit. »

 « La Yole c’est un événement mythique »

A presque 200 kilomètres de là, le canot saintois, autre embarcation traditionnelle, aimerait connaitre le même engouement que pour les yoles lors de son Tour de Guadeloupe. « Pour moi (le Tour de Yoles) c’est un monde à part » confie Ofélia Cruces, patronne du seul équipage féminin du Traditour. « Nous aimerions vraiment nous rapprocher de cette convivialité avec la population. Il faudrait vraiment que cela devienne une fête pour tout l’archipel ». De son côté, Hugo Thélier, vainqueur des deux derniers Tour de Guadeloupe, va encore plus loin. « Cela fait bien 5 ans que je scrute la télé au début du mois d’août pour ne pas rater une seconde du Tour de Yoles Rondes. La yole c’est un évènement mythique ! Il y a une telle ferveur ! »

Echange Yole / Saintoise

A en croire les spécialistes, la navigation des deux embarcations n’ont rien à voir. C’est l’avis de Christian Bellay, qui a participé aux deux derniers Tour de Guadeloupe. « Pour moi, il n’y a vraiment de comparaison possible entre la yole et la saintoise. L’instabilité qui réside dans la yole est vraiment unique. Les yoleurs sont vraiment des acrobates ! Alors qu’à mon sens, la saintoise se rapproche de la voile moderne, c’est plus stable et plus tactique. » Malgré ces différences patentes, il existe depuis quelques années, un rapprochement entre les deux disciplines, notamment avec les patrons. L’exemple de Christian Bellay et Loic Mas cette année, où de Christian Dédé l’an dernier, montre l’intérêt de yoleurs pour la voile traditionnelle. Que ces champions martiniquais s’intéressent de plus en plus à la voile traditionnelle de l’île voisine n’est pas un hasard. « Avant d’être des yoles ou des canots saintois, ces embarcations étaient toutes des gommiers (surtout vrai pour la yole, moins pour le canot saintois, NDLR) » explique Christian Bellay. « C’est un bateau utilisé depuis les Arawaks  pour pêcher,  pour naviguer dans la mer des Caraïbes ». Depuis 2014, Christian Bellay a arrêté les courses de yoles pour revenir à son premier amour : le gommier. Ce dernier continue d’être pratiqué sous sa forme « primitive » mais il est loin d’avoir le même succès que les yoles ou, dans une moindre mesure, le canot saintois. C’est dans le cadre d’un échange avec un équipage d’Anse-Bertrand que Christian Bellay a pu concourir au Traditour. En retour, les Guadeloupéens ont pu s’initier au gommier. Un échange qui laisse songeur Hugo Thélier. « J’aimerais vraiment participer à une course de yoles, ce serait un challenge sportif incroyable » annonce le sociétaire de Petit-Bourg. « L’objectif premier serait vraiment d’apprendre car je suis conscient que la navigation est vraiment différente. » A quand, donc, un équipage guadeloupéen au Tour de Yoles Rondes ?

(1) : propos tenus par Georges Brival lors d’une interview à Martinique 1ère en 2014.

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