Environnement

lundi, 10 septembre 2018 22:14

Séismes à Mayotte : entre stupeur et désœuvrement

Carte répertoriant tous les séismes depuis le 10 mai. Carte répertoriant tous les séismes depuis le 10 mai. © BRGM

Depuis le 10 mai dernier, l’archipel de Mayotte connaît, plusieurs fois par jour, des épisodes de tremblements de terre. Alors qu’ils ne sont, pour la plupart, pas ressentis, la population vit dans l’angoisse de revivre à nouveau un séisme de magnitude 5,8 comparable à celui du 15 mai. La communauté scientifique mahoraise, elle, avoue à peine qu’elle navigue à vue, en raison d’un cruel manque de moyens.

En cette période de rentrée scolaire, Mayotte en a-t-elle terminé avec les séismes qui la secoue depuis le début du mois de mai ? Pas vraiment, puisque l’essaim de séisme est toujours actif, bien qu’un communiqué de la préfecture datant du 6 septembre dernier, annonce qu’il n’y a pas eu de séismes de magnitude 4 enregistrés durant les 3 derniers jours.

Les inquiétudes ont commencé le 10 mai au matin (8h14 heure locale) lors d’une première secousse. Puis 5 jours plus tard, dans la soirée, Mayotte a ressenti la plus forte secousse jamais enregistrée dans la zone des Comores : Magnitude 5.8. Tout comme celui du 10 mai, celui-ci est largement ressenti sur l’archipel.

Depuis, entre 4000 et 5000 séismes ont été enregistrés par le Bureau de Recherche Géologique et Minière (BRGM). « Parmi ces séismes plus d’un millier ont été au-dessus d’une magnitude de 3.5 et une trentaine au-dessus de 5 » détaille Frédéric Tronel, le Directeur Régional du BRGM Mayotte. Ensuite, il dresse un constat édifiant. « Pour le seul mois de juin plus de 20 séismes ont été enregistrés par jour. Actuellement la densité des séismes est moins importante que ces derniers mois, mais l’essaim qui se situe à environ 40 à 60 km au Nord-Est de Mayotte, est toujours actif. »

Manque de moyens

Le 15 mai, le séisme a blessé légèrement 3 personnes selon préfecture et a fait des dégâts sur des bâtiments vulnérables (ce qui représente un nombre important d’édifices). La région de Mayotte n’est habituellement pas sujette à des tremblements de terre « massifs”. Le dernier, d’une magnitude de 5.2 datait du 1 er décembre 1993. « Malheureusement nous n’avons pas le matériel suffisant pour connaître avec précision l’origine de cet essaim. » se désole Frédéric Tronel. « Il nous faut plus de sismomètres pour vérifier s’il s’agit d’un mouvement tectonique ou d’une remontée de fluides issu d’un volcan sous-marin. Et pour l’heure, ces deux options ne sont que des d’hypothèses. Nous avons fait la demande pour nous munir d’un sismomètre fond de mer, mais nous l’aurons au mieux à partir de 2020, puisque le programme des bateaux nous permettant de poser le sismomètre est déjà figé jusqu’en 2019. »  Pourtant la problématique scientifique est intéressante s’étonne-t-on au BRGM. De plus, Mayotte et plus largement l’archipel des Comores, est situé dans une région à forte activité volcanologique.

Psychose

Depuis le début du phénomène sismique, les Mahorais redoutent un nouvel épisode de grande magnitude. Sans aucune information sur l’origine réelle de ces séismes, les Mahorais frôlent la psychose. Ils veulent savoir qui de la plaque ou du volcan les menace. Faute de relevés, les scientifiques de l’île consentent à participer à des sessions d’échanges.  « Je suis dans l’obligation de faire de la psychologie auprès des habitants de Mayotte pour les rassurer, » regrette Frédéric Tronel. Mais le directeur régional se retrouve bien mari dès que surgit la question de la prévisibilité des séismes. « La réponse est évidemment non, » déplore le scientifique. « et ça n’aide pas la population à se sentir en sécurité. Un séisme peut prévenir de l’éruption d’un volcan, mais un séisme ne prévient pas forcément un autre séisme. » Quant au risque de tsunami, il est écarté d’un revers de main par Frédéric Tronel. « Il n’y a pas de risques de tsunami sur Mayotte puisque l’archipel est protégé par une barre de récif corallien. » C’est toujours une préoccupation en moins pour les Mahorais condamnés à rester suspendus au souffle du sol de leur archipel.

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