Édito n° 4 · Octobre / Novembre 2026

Nos Outre-mer à bout de souffle… mais toujours debout !

Et si, derrière le silence de nos peuples, se cachait une autre manière d’espérer ?

Depuis deux mois, la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane sont en ébullition, comme le reste du monde. Mais chez nous, l’étroitesse des territoires et la fragilité de nos économies exacerbent les crises. Les mobilisations tentent de faire nombre, en vain. On dirait que nos peuples implosent à force de ne plus pouvoir exploser.

De la Guadeloupe de 2009 et 2021 à la Martinique, sans oublier la Nouvelle-Calédonie, les grandes colères populaires ont soulevé d’immenses espoirs. Pour quels résultats durables ? Peut-être nos peuples, las de batailles infructueuses, aspirent-ils à d’autres solutions.

Illustration de barrages routiers et fumées en Guadeloupe
Barrages et tensions sociales en Guadeloupe — illustration générée par intelligence artificielle, non documentaire.

Car la crise n’épargne personne : salariés, entrepreneurs, commerçants, agriculteurs, retraités ou jeunes diplômés. Vie chère, charges sociales et fiscales, carburants, précarité, services essentiels défaillants… Ce que d’autres dénoncent aujourd’hui dans l’Hexagone fait partie de notre quotidien depuis trop longtemps.

Nos Outre-mer renonceraient-ils à livrer bataille parce que la guerre leur semblerait perdue d’avance ?

Illustration d’une rue endommagée à Pointe-à-Pitre
Pointe-à-Pitre, fragilités urbaines et économiques — illustration générée par intelligence artificielle, ne représentant pas un événement réel identifié.

Nos entreprises ferment, non pour fuir leurs responsabilités, mais parce qu’elles sont à bout de force. Elles ont résisté, investi, parfois sacrifié leurs dernières ressources pour préserver l’emploi. Et à cette souffrance, nous opposons inlassablement un seul mot : la résilience.

À force de nous demander d’être résilients, ne finit-on pas par nous demander de nous habituer à l’inacceptable ?

Nous ne pouvons pas faire de la résilience un projet de société. Et pourtant…

LE CONTREPOINT Une Guadeloupe qui veut encore vibrer

À l’approche de la treizième Route du Rhum, la Guadeloupe montre un autre visage. Les hôtels s’animent, les plages attirent, les activités nautiques se multiplient et 115 skippers s’apprêtent à prendre le départ. Tout un territoire vibre à nouveau.

Quel contraste ! D’un côté, les entreprises fragilisées et les familles inquiètes ; de l’autre, un archipel qui accueille, entreprend et retrouve le goût de rêver. Faut-il y voir une parenthèse, un défi lancé à la morosité ou une espérance ?

La Route du Rhum ne résoudra pas la vie chère ni les fractures sociales. Mais elle rappelle notre capacité à mobiliser des talents, à créer de l’activité et à rayonner. Encore faut-il transformer cette ferveur passagère en perspectives durables, bien après le départ des visiteurs.

Nos peuples n’ont pas besoin qu’on leur apprenne encore à résister. Ils ont besoin qu’on leur donne enfin les moyens d’avancer.

Et si notre vraie victoire n’était plus de survivre aux crises, mais de ne plus avoir à les subir ? Nous avons le droit de rêver. Et surtout, le droit d’espérer mieux.

Andrée SIMONNOTDirection éditoriale — OUTREMER le Mag