Octobre Rose
Les Ultramarines au rendez-vous de la mobilisation
De la Guadeloupe à la Martinique, de la Guyane à La Réunion, des femmes de toutes générations se mobilisent contre le cancer du sein. Marches, courses solidaires, villages santé et campagnes de prévention traduisent une véritable vague de solidarité. Mais au-delà du rose, l'enjeu reste le même : faire progresser le dépistage.
Il y a des images qui racontent davantage que de longs discours. Lorsque des milliers de femmes et d'hommes remplissent les rues vêtus de rose, la prévention sort du seul cabinet médical : elle devient une affaire de familles, d'amis, d'entreprises, d'associations et de territoire.
Une mobilisation populaire et intergénérationnelle
En Guadeloupe, les Foulées du Ruban Rose sont devenues l'une des images les plus fortes d'Octobre Rose. Des jeunes femmes courent aux côtés de leurs mères, des grand-mères marchent avec leurs filles et leurs petites-filles, des collègues forment des équipes et des familles entières se déplacent.
Certaines participent pour soutenir une proche. D'autres parce qu'elles ont elles-mêmes traversé la maladie. Et puis il y a celles et ceux qui marchent en mémoire d'une femme qui n'est plus là. La mobilisation a ainsi changé d'échelle : environ 1 500 participants en 2022, 2 500 en 2023, plus de 5 000 en 2024 et près de 10 000 annoncés en 2025.
Le cancer du sein : des progrès, mais encore trop de vies bouleversées
Le cancer du sein reste le cancer le plus fréquent chez la femme. En France, 61 214 nouveaux cas ont été estimés en 2023 et plus de 12 000 décès lui étaient attribués cette même année. Les progrès thérapeutiques et la détection plus précoce ont amélioré le pronostic, mais ces chiffres rappellent que la maladie demeure un enjeu majeur de santé publique.
Le dépistage organisé concerne les femmes de 50 à 74 ans ne présentant ni symptôme ni facteur de risque particulier. Il prévoit une mammographie tous les deux ans. Pourtant, en 2025, le taux standardisé de participation au programme national était de 47,5 % ; sur la période 2024-2025, il s'établissait à 45,7 %.
Outre-mer : l'enthousiasme du terrain face au défi du dépistage
Dans les départements et régions d'Outre-mer, les taux de participation restent contrastés. Les données de Santé publique France montrent qu'entre 2022-2023 et 2024-2025, la participation a légèrement augmenté en Guadeloupe, stagné en Martinique et en Guyane, et baissé à La Réunion. Les autorités sanitaires signalent aussi des difficultés d'accès à la mammographie dans certains territoires, liées notamment à la baisse de l'offre en sénologie et en mammographie de dépistage.
En 2024, le taux publié pour la Guadeloupe était de 43,5 %, contre 42,2 % en Martinique, 14,2 % en Guyane et 38,2 % à La Réunion. Ces écarts montrent qu'une campagne de sensibilisation ne peut être efficace que si l'information s'accompagne d'un accès réel et simple au dépistage.
En Guadeloupe : 1 344 nouveaux cas sur cinq ans
Entre 2018 et 2022, 1 344 nouveaux cas de cancer du sein ont été enregistrés en Guadeloupe, soit environ 269 par an en moyenne. Derrière ce chiffre, il y a autant d'histoires familiales, de parcours de soins et de vies réorganisées.
Le rose ne doit pas s'arrêter au 31 octobre
Porter un tee-shirt rose est utile. Marcher est utile. Courir est utile. Donner, partager une information et parler du dépistage sont utiles. Chaque action aide à briser le silence, à faire reculer la peur et à rappeler qu'une femme n'a pas à affronter la maladie seule.
Mais la réussite d'Octobre Rose ne peut pas se mesurer uniquement au nombre de participants, aux photos de foule ou aux dons collectés. La vraie question commence après l'événement : combien de femmes ont pris rendez-vous ? Combien ont réalisé la mammographie qu'elles repoussaient ? Combien ont convaincu leur mère, leur sœur, leur collègue ou leur amie de se faire dépister ?
Le dépistage protège.
Nos mères, nos sœurs, nos filles, nos amies… et nous
Peut-être est-ce cela, la force particulière d'Octobre Rose dans les Outre-mer : la mobilisation y prend immédiatement une dimension familiale. On marche pour celle qui se bat, pour celle qui a gagné, pour celle qui vient d'apprendre, pour celle qui a peur de prendre rendez-vous, pour celle qui accompagne — et parfois pour celle dont on prononce encore le prénom au moment de franchir la ligne d'arrivée.
Continuons à mettre du rose partout. Mais faisons en sorte que chaque tee-shirt, chaque marche et chaque publication deviennent aussi un rappel concret : s'informer, consulter, se faire dépister lorsque l'on est concernée et ne pas laisser la peur décider à notre place.
Sources et repères
- Santé publique France, Taux de participation au programme de dépistage organisé du cancer du sein en 2025 et évolution depuis 2005, mise à jour du 6 juillet 2026.
- Santé publique France, bulletin 2024 : taux de participation par territoires, dont Guadeloupe, Martinique, Guyane et La Réunion.
- Institut national du cancer, données d'épidémiologie du cancer du sein en France.
- Services de l'État en Guadeloupe, données Octobre Rose et appel à projets 2025 : 1 344 nouveaux cas recensés sur 2018-2022.
Note éditoriale : la mobilisation populaire et la participation au dépistage sont deux indicateurs différents. L'augmentation de la fréquentation des événements ne permet pas, à elle seule, d'établir une hausse équivalente du nombre de mammographies réalisées.