Politique · Les Outre-mer dans la présidentielle

Jean-Claude Beaujour« Penser les Outre-mer territoire par territoire »

Avocat d’affaires international et secrétaire national chargé de l’Outre-mer chez Horizons, il expose pour OUTREMER le mag la méthode et les propositions portées par Édouard Philippe : partir des réalités de chaque territoire, renforcer l’investissement et mieux inscrire les économies ultramarines dans leur bassin régional.

Portrait fourni pour le grand entretien
Jean-Claude Beaujour · Grand entretien
Avocat d’affaires internationalPratique tournée vers le contentieux commercial international.
HorizonsSecrétaire national chargé de l’Outre-mer.
Relations transatlantiquesPrésident du Forum Transatlantique et spécialiste des questions américaines.
Notre angle

Une même République, des réalités ultramarines profondément différentes

À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, OUTREMER le mag poursuit ses entretiens avec celles et ceux qui contribuent à définir les politiques proposées aux territoires ultramarins. Jean-Claude Beaujour est en Guadeloupe à la rencontre d’acteurs économiques, quelques jours après la première édition de Choose Outre-mer.

Son fil conducteur est clair : ne pas traiter les Outre-mer comme un bloc uniforme. Guadeloupe, Guyane, Polynésie, Nouvelle-Calédonie, Saint-Pierre-et-Miquelon ou encore les autres territoires français ultramarins n’évoluent ni dans les mêmes bassins géographiques, ni avec les mêmes contraintes économiques, sociales ou institutionnelles. Dans ses réponses, il défend donc une méthode : raisonner territoire par territoire, secteur par secteur, avec les acteurs de terrain.

Il n’existe pas un Outre-mer, mais des Outre-mer. Leur diversité n’efface pas l’essentiel : ces territoires sont pleinement la France.
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Que retenez-vous de cette première édition de CHOOSE OUTRE-MER et en quoi sert-elle les intérêts des Outre-mer ?

Jean-Claude Beaujour

Tout d’abord, je souhaite saluer cette initiative de la ministre Naïma Moutchou, qui est parvenue en moins d’un an à mettre en place une journée dédiée à l’attractivité économique des Outre-mer, en présence de très nombreux acteurs du monde économique. Une initiative qui, nous l’espérons, sera pérenne.

Choose Outre-mer est construite dans l’esprit de Choose France. C’est l’occasion de donner un coup de projecteur sur les opportunités commerciales, industrielles et technologiques liées à nos régions ultramarines. Fort de ma propre expérience internationale, je crois que ce type de rencontres, très répandu à l’étranger, permet d’attirer l’attention, à un moment donné, sur une région ou un secteur d’activité et sur ce qu’ils ont à offrir.

Agriculture et agroalimentaire, économie bleue, aquaculture, biotechnologies marines, nouvelles technologies, services ou logistique : les opportunités existent, encore faut-il les faire connaître. Le lancement, le 1er octobre, d’un fonds à impact dédié aux Outre-mer constitue également une première brique importante, car nos entreprises ont besoin de financements à différents stades de leur développement.

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Quels sont les grands axes du candidat Édouard Philippe en matière économique pour les Outre-mer ?

Jean-Claude Beaujour

Chaque territoire est différent et Édouard Philippe considère qu’il faut raisonner territoire par territoire, secteur par secteur. Notre politique de développement économique doit être conçue avec les acteurs de terrain — d’où mes rencontres avec ces derniers — et être au service de l’emploi, de la production locale et du développement des compétences. Il existe néanmoins des points de similitude entre les régions d’Outre-mer.

StabilitéDonner aux entreprises qui investissent sur dix ou quinze ans des règles fiscales et économiques lisibles et prévisibles.
ProgrammationMettre en place une loi d’orientation et de programmation sur cinq ans : logement, eau, infrastructures, énergie, économie, compétences et insertion régionale.
Délais de paiementMieux accompagner les entreprises fragilisées par des créances importantes sur les acheteurs publics et adapter les plans d’apurement.

Pour que les régions ultramarines soient attractives, il faut en premier lieu assurer aux investisseurs stabilité et prévisibilité. Une entreprise qui investit sur dix ou quinze ans doit pouvoir compter sur des règles stables, notamment en matière fiscale.

Par ailleurs, Édouard Philippe considère qu’il faut une loi d’orientation et de programmation pour les Outre-mer afin de donner, sur cinq ans, de la visibilité sur les grandes priorités et les investissements structurants de l’État : logement, eau, infrastructures, énergie, développement économique, compétences et insertion régionale.

Enfin, il y a la question des délais de paiement et de la forte dépendance de nombreuses entreprises ultramarines à la commande publique. Le candidat propose un accompagnement renforcé des entreprises dont les difficultés sociales résultent directement de créances importantes sur des acheteurs publics. Il faut notamment examiner la possibilité de plans d’apurement plus longs, pouvant aller jusqu’à cinq ans lorsque la situation le justifie, et éviter l’effet d’éviction de la commande publique pour les entreprises engagées dans une régularisation respectée.

« Chaque territoire est différent : il faut raisonner territoire par territoire, secteur par secteur. »Jean-Claude Beaujour
Déplacement de terrain en Guyane
Déplacement en Guyane. Dans l’entretien, Jean-Claude Beaujour insiste sur la nécessité de partir de la géographie, des infrastructures et du bassin économique propre à chaque territoire.
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Que proposez-vous pour faire face aux difficultés de financement de nos entreprises ?

Jean-Claude Beaujour

Une entreprise insuffisamment capitalisée investit moins, emprunte plus difficilement et change moins facilement d’échelle. On ne financera pas une usine, une innovation de rupture ou un projet à forte intensité capitalistique uniquement avec de la dette.

Il faut des investisseurs capables de prendre du risque et d’immobiliser leur capital pendant plusieurs années. Il faut donc faciliter un véritable marché du capital ultramarin, capable d’accompagner une entreprise depuis son amorçage jusqu’à son industrialisation et son développement international.

Le fonds à impact dédié aux Outre-mer est un exemple de la direction à prendre. Nous devons attirer des fonds d’investissement, des banques, des assureurs, des investisseurs institutionnels, des family offices et davantage d’épargne privée.

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La difficulté des régions d’Outre-mer à commercer dans leur bassin régional résulte-t-elle d’handicaps culturels autant que structurels ?

Jean-Claude Beaujour

Jusqu’à une période récente, et conformément à une tradition bien française, les régions d’Outre-mer regardaient exclusivement vers Paris au point d’oublier leurs proches voisins et toutes les opportunités. Le Brésil est frontalier de la Guyane, Saint-Pierre-et-Miquelon est à proximité du Canada et la Nouvelle-Calédonie a l’Australie pour grand voisin.

Pour avoir le réflexe régional, il faut tout d’abord apprendre à connaître et fréquenter ses voisins : apprentissage des langues, formation ou études dans la région. Nous devons également favoriser la mobilité régionale grâce à une connectivité soutenue, avec des transports aériens ou maritimes réguliers et à des tarifs abordables. Enfin, la question des normes doit être examinée afin de renforcer le commerce régional.

Nous devons surtout mettre l’accent sur nos points d’excellence. En Polynésie, Édouard Philippe propose de construire avec le territoire un régime d’attractivité pour les investissements internationaux dans des secteurs stratégiques, en utilisant pleinement les possibilités offertes par l’autonomie polynésienne : fiscalité, foncier économique, procédures administratives simplifiées, accompagnement des investisseurs et stabilité des règles.

En Nouvelle-Calédonie, il propose d’étudier sérieusement la création de zones franches internationales autour du port et de l’aéroport, avec des procédures douanières, fiscales, foncières et administratives simplifiées.

Rencontre de terrain lors d’un déplacement dans les Outre-mer
Rencontre de terrain. L’approche présentée dans cet entretien met l’accent sur le dialogue avec les acteurs locaux et sur des réponses différenciées selon les territoires.
Le regard d’OUTREMER le mag

L’Outre-mer au pluriel : une méthode qui devra être confrontée aux réalités de chaque territoire

C’est le fil rouge de cet entretien : Jean-Claude Beaujour ne présente pas les Outre-mer comme une catégorie administrative homogène. Il part de la géographie, des économies locales, des bassins régionaux, des infrastructures et des compétences propres à chaque territoire.

01Construire les politiques avec les acteurs de terrain.
02Donner de la visibilité aux investissements structurants.
03Renforcer les fonds propres et le financement des entreprises.
04Développer les échanges dans les bassins régionaux.

Cette méthode sera naturellement à confronter, pendant la campagne, aux grandes préoccupations sociales et économiques de chaque territoire : vie chère, logement, eau, santé, emploi, transports, continuité territoriale, production locale ou encore accès au financement.

OUTREMER le mag continuera donc d’interroger les candidats et leurs représentants sur des propositions concrètes, territoire par territoire, en donnant toute leur place aux réalités ultramarines dans le débat national.

Les Outre-mer ne sont pas à côté de la France. Ils sont la France.

Note éditoriale. Les propositions attribuées à Édouard Philippe sont celles exposées par Jean-Claude Beaujour dans les réponses transmises à OUTREMER le mag pour cet entretien.

Repères biographiques vérifiés : Horizons — secrétaires nationaux ; Harlay Avocats — biographie professionnelle de Jean-Claude Beaujour ; TF1/LCI — interventions de Jean-Claude Beaujour sur les questions internationales et américaines.

Liens : Horizons · Harlay Avocats · TF1 Info / LCI