Environnement · Guadeloupe

Rivières de Guadeloupe : derrière la carte postale, un patrimoine sous pression

Elles alimentent une large part de notre eau potable, façonnent les paysages de Basse-Terre et abritent une biodiversité remarquable. Mais leur beauté ne dit pas tout de leur état de santé.

Grande Rivière à Goyaves au gué de Ravine Chaude
Grande Rivière à Goyaves, au gué de Ravine Chaude. Photo : Enrevseluj / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.

En Guadeloupe, la rivière est bien plus qu’un décor. Elle est une ressource vitale, un corridor écologique et un marqueur de notre vulnérabilité face au changement climatique. Le nouvel État des lieux 2025 des eaux, publié en 2026, suit 47 rivières ou portions de rivières de Basse-Terre - les « masses d’eau » - afin d’évaluer leur état, les pressions qui s’exercent sur elles et le risque de ne pas atteindre les objectifs environnementaux fixés pour 2033.

33 sur 47masses d’eau cours d’eau
sont considérées à risque de ne pas atteindre les objectifs environnementaux de 2033 lorsque certains polluants de l’état écologique sont pris en compte.

Un chiffre fort, mais à lire correctement

Sept sur dix : le chiffre frappe. Mais il ne signifie pas que 70 % des rivières guadeloupéennes seraient aujourd’hui « mauvaises » ou « polluées ». Il s’agit d’un indicateur de risque pour 2033, construit à partir de l’état actuel des milieux, des pressions qu’ils subissent et de leur évolution probable. Cette nuance est essentielle : elle évite le catastrophisme tout en montrant l’ampleur du défi.

La clarté de l’eau ne suffit d’ailleurs pas à juger une rivière. Les évaluations regardent sa qualité chimique, les poissons, crustacés et petits organismes aquatiques, mais aussi le débit, la continuité écologique et les transformations physiques du cours d’eau.

Assainissement, agriculture, prélèvements : des pressions qui s’additionnent

L’assainissement

Lorsque les eaux usées sont insuffisamment collectées ou traitées, elles apportent dans les cours d’eau des matières organiques, des nutriments et différents contaminants.

Les activités agricoles

Le transfert de produits phytosanitaires vers les rivières reste une pression identifiée. S’y ajoute l’héritage de la chlordécone, interdite depuis 1993 mais persistante dans les sols.

Prélèvements et ouvrages

Captages d’eau, barrages, seuils et certains aménagements peuvent modifier les débits et créer des obstacles à la circulation des espèces.

Saut de la Lézarde en Guadeloupe
Saut de la Lézarde, Petit-Bourg. Photo : Kévin Charpentier / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.

La biodiversité aquatique en première ligne

En Guadeloupe, la continuité des rivières est particulièrement stratégique. La plupart des poissons et crustacés d’eau douce accomplissent une partie de leur cycle de vie entre la mer et les cours d’eau. Un obstacle physique peut donc couper leur route, perturber la reproduction et fragiliser les populations.

Un autre signal mérite l’attention. Dans un suivi distinct conduit depuis près de vingt ans par le Parc national de la Guadeloupe sur six rivières - Beaugendre, Bourceau, Grosse Corde, Pérou, Moreau et Lézarde - quatre présentent une tendance générale de « décroissance forte » des peuplements aquatiques. La Lézarde est la seule des six à afficher une « croissance forte ». Le Parc évoque une érosion à la fois en quantité et en diversité, liée notamment aux pollutions et à certains travaux dans les cours d’eau.

À RETENIR
Préserver une rivière, ce n’est pas seulement surveiller sa pollution : c’est aussi lui laisser assez d’eau, protéger ses berges et permettre aux espèces de circuler de l’aval vers l’amont - et inversement.

Le changement climatique change déjà l’équation

Les périodes sèches plus sévères font baisser les niveaux au moment même où les besoins humains restent élevés : eau potable, agriculture et autres usages. À l’inverse, les pluies intenses accélèrent le ruissellement et l’érosion, entraînant avec elles davantage de polluants vers les cours d’eau. Le défi n’est donc plus seulement de disposer d’eau, mais de savoir la partager sans assécher les milieux qui la produisent et la régulent.

Troisième chute de la rivière du Grand Carbet
Troisième chute de la rivière du Grand Carbet, Capesterre-Belle-Eau. Photo : C&P Guezennec / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.

2028-2033 : le prochain rendez-vous décisif

L’État des lieux 2025 n’est pas un document de constat destiné à rester sur une étagère. Il constitue la première phase de préparation du prochain Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux, le SDAGE 2028-2033. Les priorités sont déjà lisibles : améliorer l’assainissement, réduire les pollutions, mieux maîtriser les prélèvements, restaurer les cours d’eau dégradés et protéger les bassins versants.

Car une rivière en bonne santé ne se résume pas à une belle cascade ou à un bassin où l’on aime se baigner. Elle signifie une eau mieux protégée, des espèces capables d’accomplir leur cycle de vie, des sols et des berges plus résilients, et un territoire mieux armé face aux sécheresses comme aux pluies extrêmes.

En Guadeloupe, prendre soin de nos rivières, c’est protéger une partie de notre eau, mais aussi une partie de notre avenir.

Iza.N pour OLM

Sources principales

État des lieux 2025 des masses d’eau de Guadeloupe - Observatoire de l’Eau Guadeloupe.

Parc national de la Guadeloupe, « Le Parc veille sur l’état de santé des rivières », 18 juin 2024.

Photographies : Wikimedia Commons. Crédits et licences indiqués sous chaque image.