Les nouvelles du territoire

Grand Sud CaraïbeOnze communes, quelle ambition commune ?

Cinq questions à Thierry Abelli, président de la Communauté d’agglomération Grand Sud Caraïbe, sur le projet de territoire, le développement économique, l’eau, l’assainissement et les engagements du mandat.

Portrait officiel de Thierry Abelli
76 600habitants
22 300emplois
11communes
30 M€+programme proposé pour l’eau
01 / PROJET DE TERRITOIRE

Onze communes : un véritable projet de territoire ou une addition de projets municipaux ?

Déplacement institutionnel dans le Grand Sud Caraïbe Visite de terrain sur le littoral

Monsieur le Président, le Grand Sud Caraïbe rassemble onze communes, dont Terre-de-Haut et Terre-de-Bas.[1] Quel projet communautaire les unit réellement, au-delà de leur appartenance à une même institution ?

Comment articulez-vous les transports, les zones d’activités, le tourisme et les équipements communautaires pour créer des complémentarités entre les communes, plutôt que les laisser développer chacune leur stratégie ? Et selon quels critères répartissez-vous les investissements pour que les petites communes et les Saintes bénéficient pleinement de cette solidarité territoriale ?

Le Grand Sud Caraïbe n'est pas une addition de onze communes : c'est un même bassin de vie de 76 600 habitants et 22 300 emplois, soit un habitant guadeloupéen sur cinq, qui partage le même relief, le même patrimoine et les mêmes contraintes – l'éloignement pour Terre-de-Haut et Terre-de-Bas, la vulnérabilité aux aléas naturels, un tissu économique historiquement affaibli par la baisse d'activité du port de Basse-Terre et l'éruption de la Soufrière, toutes deux amorcées en 1976. Ce qui nous unit n'est donc pas une addition de compétences transférées : c'est un même diagnostic et une responsabilité commune, celle de faire en sorte que la géographie ne condamne aucune commune à rester à l'écart du développement.

Cette ambition se traduit concrètement. Sur la mobilité, nous avons élargi les plages horaires du réseau Trans'Sud, instauré la gratuité les mercredis et samedis, et créé une desserte maritime entre Bouillante et Les Saintes ainsi qu'entre Terre-de-Haut et Terre-de-Bas, complétée par un transport urbain terrestre inédit sur les deux îles, à des tarifs inférieurs à ceux pratiqués sur le reste du territoire : des liens physiques qui n'existaient pas avant ce mandat. Nous avons également mis en place un transport a la demande performant pour les personnes en situation de handicap. Sur le tourisme, l'office intercommunal que nous avons créé, avec un siège à Basse-Terre et des antennes déjà opérationnelles à Terre-de-Haut, Terre-de-Bas, Vieux-Fort, Bouillante et Vieux-Habitants, a pour mission de faire jouer entre elles les spécificités des onze communes – la baie des Saintes, l'une des plus belles baies du monde, la ville d'Art et d'Histoire de Basse-Terre, le Parc national dont sept de nos communes constituent le cœur – plutôt que de laisser chaque commune développer sa propre offre en concurrence avec ses voisines.

Sur les critères de répartition des investissements, je ne veux pas d'une solidarité qui reste un mot. À notre arrivée, la CAGSC devait 12,7 millions d'euros aux onze communes au titre des attributions de compensation, non versées : cette dette a été intégralement apurée en août 2024, et nous assurons depuis un versement régulier, à raison d'un douzième chaque mois. Pour ce nouveau mandat, je propose une gouvernance à onze vice-présidents, un par grand domaine de compétence, afin que chaque majorité municipale soit représentée dans l'exécutif communautaire – sans que la commune du président cumule les responsabilités exécutives.

Notre projet de territoire repose donc sur trois axes que je veux tenir sur la durée du mandat : la complémentarité des communes, la mutualisation des moyens et l'équité dans les investissements.

02 / DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE

Un supermarché de plus ou une économie qui produit et crée des emplois ?

Élus et partenaires du Grand Sud Caraïbe

L’agglomération affiche parmi ses orientations le soutien aux entreprises, le développement du foncier économique et le renforcement des filières locales.[2] Mais quelle traduction concrète donnez-vous à cette ambition : l’avenir du Sud Basse-Terre peut-il se résumer à l’ouverture de nouvelles surfaces commerciales ?

Quelle stratégie communautaire portez-vous pour développer la transformation agricole, l’artisanat, les activités maritimes et le tourisme, tout en confortant les commerces existants ? Nous parlons ici de locaux accessibles, de zones d’activités équipées, d’accompagnement des entreprises et de débouchés : quels moyens y consacrez-vous, et combien d’emplois durables visez-vous ?

Je ne vais pas le nier : un commerce de plus est aussi un signe de dynamisme économique, et je ne méprise pas ce que représentent ces implantations en emploi et en offre pour nos habitants. Mais ce dynamisme-là ne peut pas résumer notre ambition. Le commerce de proximité est indispensable, et notre responsabilité d'agglomération est aussi ailleurs, dans ce qui produit, transforme et crée des emplois durables. C'est précisément pour cela que le Sud Basse-Terre a obtenu en novembre 2023 le label national « Territoires d'Industrie », aux côtés de seulement deux autres territoires en Guadeloupe. Ce n'est pas un label de communication : c'est un contrat avec l'État qui nous engage sur deux filières que nous avons choisi d'affirmer, la chimie verte et l'agro-industrie liées à notre biodiversité, et la transition énergétique.

Concrètement, quatre chantiers sont engagés. Une plateforme technologique de recherche et développement pour valoriser nos plantes à haute valeur ajoutée – vanille, café, cacao, plantes tinctoriales et médicinales – sera implantée sur la ZAC de Blanchet à Baillif, dont l'acquisition foncière est en voie de finalisation ; elle fonctionnera aussi comme un fablab ouvert aux jeunes et aux porteurs de projets. Nous structurons une filière coco, aujourd'hui dispersée entre exploitants individuels, autour de débouchés multiples : alimentation, cosmétique, énergie, construction – le stipe du cocotier peut se substituer au bois dans nos filières artisanales locales. Nous reconstruisons une filière pêche autour d'une criée à Rivière-Sens et d'un partenariat renforcé avec le lycée professionnel de Blanchet, avec l'appui du FEAMPA, le Grand Sud Caraïbe ayant été désigné groupe d'action locale pour la pêche et l'aquaculture. Et nous accompagnons la montée en puissance de la géothermie sur le territoire, qui représente déjà 6 à 7 % de la production électrique de Guadeloupe et va certainement progresser avec les projets envisags sur le Grand Sud Caraïbe.

L'agriculture, elle aussi, a besoin d'infrastructures pour se développer, et c'est trop souvent le grand oublié des politiques économiques : depuis 2024, nous investissons un peu moins d'un million d'euros pour améliorer notre réseau d'irrigation, condition concrète de la compétitivité de nos exploitations et de la diversification agricole que nous visons avec le Plan Alimentaire Territorial.

Le tourisme, enfin, doit produire de la valeur locale et pas seulement de la fréquentation : c'est le sens de la création de l'office intercommunal du tourisme. Nous accompagnons aussi la transformation de l'aérodrome de Baillif en pôle économique dédié à l'aviation légère, au tourisme et à l'événementiel, sans nécessiter d'investissements lourds ; et nous engageons, sur la marina de Rivière-Sens, déjà dragée pour 1 million d'euros après le passage de la tempête Fiona, des investissements complémentaires d'environ 3 millions d'euros, déjà identifiés dans les financements européens.

Sur les moyens : je préfère des engagements vérifiables projet par projet à un chiffre d'emplois agrégé que je ne pourrais pas tenir. Sur Rivière-Sens, ce sont 3 millions d'euros d'investissements déjà fléchés. Sur le label Territoires d'Industrie, c'est un diagnostic territorial complet, réalisé en 2023, qui a permis d'identifier nos filières porteuses plutôt que de les décréter depuis un bureau. Chaque foncier économique mobilisé, chaque zone d'activité requalifiée sera évaluée à l'aune de son impact réel sur l'emploi local, et nous en rendrons compte devant la population.

EAU - ASSAINISSEMENT - RESPONSABILITÉ COMMUNAUTAIRE

03 / EAU POTABLE

Quel poids réel du Grand Sud Caraïbe dans les décisions du SMGEAG ?

Inauguration d'une liaison maritime du Grand Sud Caraïbe

Depuis septembre 2021, le SMGEAG exerce les compétences eau et assainissement. Votre agglomération en est membre et participe à sa gouvernance.[3] Le transfert de la compétence ne fait pas disparaître l’attente des habitants envers leurs élus : qu’avez-vous concrètement obtenu pour l’approvisionnement en eau des onze communes ?

Quels travaux prioritaires vos représentants défendent-ils, quelle contribution financière l’agglomération apporte-t-elle et quels engagements de réalisation avez-vous obtenus ? Acceptez-vous de rendre public un suivi, commune par commune, permettant de distinguer les travaux annoncés, financés et effectivement réalisés ?

Le Grand Sud Caraïbe n'a plus le dernier mot sur l'eau depuis septembre 2021, et je ne vais pas prétendre le contraire : cette compétence a été transférée au SMGEAG, comme partout ailleurs en Guadeloupe, précisément parce que la gestion commune par commune avait échoué. Notre réseau perd aujourd'hui près de 60 % de l'eau produite avant qu'elle n'arrive au robinet, l'un des taux de perte les plus élevés de France : c'est ce constat, largement partagé, qui a justifié la création d'un syndicat unique plutôt que la juxtaposition d'anciens syndicats.

Sur ce que nous avons concrètement obtenu : en mars 2024, 30 millions d'euros de factures d'eau ont été annulés au bénéfice des usagers de sept de nos communes – Baillif, Basse-Terre, Gourbeyre, Saint-Claude, Capesterre-Belle-Eau, Terre-de-Haut et Terre-de-Bas. Ce n'est pas une compétence que j'exerce directement depuis le transfert au SMGEAG, mais c'est un résultat obtenu dans le cadre du redressement financier que nous avons engagé, et qui a représenté un allègement réel pour des milliers de foyers, la Chambre Régionale des Comptes elle-même le reconnaît dans le suivi de notre trajectoire.

Sur le montant, je ne pars pas de zéro. Depuis le transfert de la compétence eau pour Capesterre-Belle-Eau, Terre-de-Haut et Terre-de-Bas en 2014, la CAGSC s'est vu facturer par l'ancien SIAEAG les volumes d'eau mesurés en sortie d'usine, alors que notre réseau en perd 65 % en chemin : nous avons donc payé pour de l'eau jamais distribuée aux abonnés. À la Conférence Territoriale de l'Action Publique du 6 novembre 2025, j'ai proposé que le solde de cette dette 11,4 millions d'euros envers le SIAEAG, 1,3 million d'euros envers l'Office de l'Eau, soit 12,7 millions d'euros au total soit annulé, en contrepartie d'un engagement ferme et écrit de la CAGSC à réinvestir l'intégralité de ce montant dans un programme de maîtrise d'ouvrage communautaire sur nos onze communes, dédié à la réduction des pertes, à la sécurisation et à la modernisation des réseaux. Avec les cofinancements mobilisables auprès de nos partenaires – Europe, État, Région, Département, Office de l'eau –, ce programme pourrait représenter un peu plus de 30 millions d'euros d'investissements au bénéfice direct de nos populations. Cette proposition, transmise au Président de la Région et de la CTAP, est aujourd'hui devant le SMGEAG et l'État.

Plutôt que d'attendre le seul calendrier du SMGEAG pour la décliner, j'ai pris les devants. Le 26 août dernier, j'ai adressé un courrier aux onze maires du Grand Sud Caraïbe pour leur demander de recenser, commune par commune, les opérations d'eau et d'assainissement qui leur paraissent prioritaires et qui ne sont aujourd'hui ni prises en charge par le SMGEAG, ni inscrites à son programme pluriannuel d'investissement. Je leur ai demandé de cibler les opérations à impact concret et rapidement perceptible pour nos administrés : amélioration de la distribution et de la continuité du service, résorption des dysfonctionnements récurrents, traitement des secteurs les plus pénalisés.

Ce recensement, avec pour chaque opération sa localisation, son niveau de priorité et une première estimation de coût, doit être arrêté collectivement en Bureau communautaire ; sur cette base, je solliciterai auprès du SMGEAG le transfert ou la délégation de la maîtrise d'ouvrage des opérations retenues, pour que le Grand Sud Caraïbe puisse engager directement leur réalisation dans le cadre de l'enveloppe d'un peu plus de 30 millions d'euros déjà proposée. Ce travail de priorisation, commune par commune, est en cours : la démarche, elle, est engagée, datée, chiffrée et vérifiable — ce n'est pas une promesse en l'air.

Sur le suivi public commune par commune : j'y suis favorable. Une fois ce programme arrêté avec les maires, je m'engage à le rendre public et à publier chaque année, pour nos onze communes, l'état des travaux annoncés, financés et réalisés — par le SMGEAG comme par le Grand Sud Caraïbe — plutôt que de laisser les habitants dépendre des seules annonces du syndicat.

04 / ASSAINISSEMENT

Comment développer le territoire sans anticiper ses besoins essentiels ?

L’assainissement collectif et non collectif relève également du SMGEAG.[3] Comment coordonnez-vous les ambitions économiques, touristiques et d’habitat du Grand Sud Caraïbe avec les capacités de collecte et de traitement des eaux usées ?

Avez-vous identifié, à l’échelle communautaire, les secteurs où l’insuffisance des équipements freine les projets ou menace les milieux naturels ? Quelles priorités défendez-vous auprès du syndicat pour ces secteurs, avec quels financements et quel calendrier, afin de ne pas annoncer des aménagements dont les infrastructures indispensables ne suivraient pas ?

L'assainissement soulève une contradiction que je ne veux pas esquiver. Nous portons des projets économiques et touristiques ambitieux – la plateforme de valorisation de la biodiversité à Baillif, la criée de Rivière-Sens, le développement de notre offre touristique – qui ne tiendront leurs promesses que si les réseaux de collecte et de traitement suivent derrière. Or l'assainissement collectif reste, comme dans une grande partie de la Guadeloupe, l'un des grands retards de notre territoire.

Nous portons aussi cette exigence au niveau institutionnel. Sur l'eau, j'ai déjà proposé à la CTAP du 6 novembre 2025 de transformer 12,7 millions d'euros de dettes de la CAGSC envers le SIAEAG et l'Office de l'Eau en un programme d'investissement d'un peu plus de 30 millions d'euros sur nos réseaux, avec cofinancements. Nous portons la même exigence sur la compétence GEMAPI (gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations), que nous exerçons directement : les besoins de notre territoire, exposé à de nombreux cours d'eau et à une façade littorale vulnérable, sont estimés à près de 100 millions d'euros, quand la taxe dédiée, en vigueur depuis 2024, n'en mobilise aujourd'hui qu'environ 3 millions. Un diagnostic global est en cours pour construire, avec l'État, un accompagnement financier à la hauteur de ce besoin.

C'est précisément l'objet, pour l'eau et l'assainissement, du recensement que j'ai lancé le 26 août auprès des onze maires : identifier, commune par commune, les secteurs où les réseaux de collecte et de traitement ne suivent pas les besoins — qu'il s'agisse de dysfonctionnements récurrents ou de zones que je développe économiquement — avec pour chaque opération une description, sa localisation, le secteur concerné, son niveau de priorité et une première estimation de coût.

Sur cette base, nous arrêterons collectivement en Bureau communautaire un programme d'investissement, et je solliciterai auprès du SMGEAG le transfert ou la délégation de la maîtrise d'ouvrage des opérations retenues, plutôt que d'attendre son seul calendrier. L'enveloppe eau proposée à la CTAP (un peu plus de 30 millions d'euros) et le besoin GEMAPI identifié (100 millions d'euros) donnent l'ordre de grandeur ; leur répartition précise entre secteurs et leur calendrier dépendront de ce travail de recensement, actuellement en cours auprès des onze communes.

Je ne veux pas annoncer des projets dont les infrastructures ne suivraient pas : c'est tout le sens de cette démarche, et un engagement de méthode que je prends devant vos lecteurs.

05 / BILAN ET ENGAGEMENTS

Un deuxième mandat : pour changer quoi, avec quels moyens et quels résultats ?

Vous avez été reconduit à la présidence du Grand Sud Caraïbe en avril 2026.[4] Un deuxième mandat, pour quoi faire de différent et de mieux pour l’ensemble du territoire communautaire ?

Quelles réalisations de votre premier mandat démontrent que l’agglomération a apporté ce que les communes seules n’auraient pas pu accomplir, et quels objectifs n’avez-vous pas atteints ? Pour ce nouveau mandat, quels sont les trois engagements majeurs sur lesquels vous acceptez d’être jugé, avec un coût, des financements identifiés et une échéance publique - afin que les habitants puissent mesurer les résultats, et pas seulement entendre les ambitions ?

Ce deuxième mandat, je le veux comme celui de la consolidation. Le premier m'a été confié dans un contexte de crise : en 2020, le déficit de la CAGSC dépassait 82 millions d'euros, la collectivité devait 56 millions d'euros à ses fournisseurs et 12,7 millions d'euros aux onze communes, et la Chambre Régionale des Comptes la considérait en quasi-cessation de paiement. Cinq ans plus tard, sans avoir bénéficié du dispositif national COROM, et par la seule mise en œuvre d'une politique exigeante de maîtrise des dépenses – complétée par trois aides exceptionnelles de l'État, pour un montant cumulé de 700 000 euros –, ce déficit a été ramené à 38 millions d'euros au 31 décembre 2025, soit une baisse de plus de 54 %. Les mandats en attente de paiement sont passés de 56 à 16 millions d'euros, la dette envers les communes a été intégralement apurée en août 2024, et la Chambre Régionale des Comptes reconnaît elle-même un retour à l'équilibre à l'horizon 2031.

Dans le même temps, nous avons obtenu l'annulation de près de 30 millions d'euros de factures d'eau pour les particuliers, créé l'office intercommunal du tourisme, obtenu le label Territoires d'Industrie, engagé le Plan Alimentaire Territorial, et ouvert, avec le soutien de la Région Guadeloupe, quatre nouvelles déchetteries là où il n'y en avait qu'une. Nous avons aussi renforcé notre desserte maritime sur trois fronts : mise en place de la liaison Bouillante-Les Saintes, inscrite au schéma régional des infrastructures et des transports validés par la Région Guadeloupe en 2015, renforcement de la liaison entre Terre-de-Haut et Terre-de-Bas, et surtout confirmation des opérateurs historiques du transport maritime entre Les Saintes et Trois-Rivières. Des résultats qu'aucune commune seule n'aurait pu obtenir.

Je ne vais pas prétendre que tout est résolu. La gestion des déchets reste une charge importante et n'est pas encore pleinement satisfaisante. La compétence GEMAPI, dont les besoins sont estimés à 100 millions d'euros, ne dispose aujourd'hui que d'environ 3 millions de financement dédié. Les locaux de la CAGSC à Basse-Terre restent inadaptés, sans solution foncière trouvée à ce jour. Et plusieurs projets restent en phase d'études plutôt qu'opérationnels : la piscine communautaire de Rivière-des-Pères, dont les défauts de conception devront être traités durant ce mandat, ou la relocalisation de la médiathèque, qui conditionne le projet de rénovation du cinéma d'Arbaud porté par le groupe Elizé. Ce sont précisément les chantiers de ce mandat.

Pour ce nouveau mandat, je prends trois engagements sur lesquels j'accepte d'être jugé :

1. Tenir la trajectoire budgétaire —poursuivre la baisse du déficit jusqu'au retour à l'équilibre reconnu par la Chambre Régionale des Comptes à l'horizon 2031, sans achever ce mandat sur une trajectoire dégradée par rapport à ce cap.

2. Boucler le maillage des services essentiels — fiabiliser le transport urbain aux heures dites creuses, finaliser la déchetterie de Trois-Rivières et le programme d'éradication des décharges sauvages, obtenir l'arbitrage du SMGEAG et de l'État sur les 12,7 millions d'euros de dettes que j'ai proposé de transformer, dès novembre 2025, en un programme d'un peu plus de 30 millions d'euros d'investissements sur l'eau et l'assainissement de nos onze communes, et sécuriser un financement de la compétence GEMAPI à la hauteur des 100 millions d'euros de besoins identifiés, au-delà des 3 millions de la taxe dédiée. La répartition commune par commune sortira du recensement lancé le 26 août 2026 auprès des onze maires.

3. Faire aboutir nos projets structurants — rendre opérationnelles les filières du label Territoires d'Industrie, achever les investissements complémentaires de la marina de Rivière-Sens (environ 3 millions d'euros déjà identifiés dans les financements européens), et transformer l'aérodrome de Baillif en pôle économique dédié à l'aviation légère, au tourisme et à l'événementiel, d'ici la fin du mandat.

À cela s'ajoute un engagement de méthode que je veux tenir tout le mandat : une gouvernance à onze vice-présidents, un par grand domaine de compétence, pour que chaque majorité municipale soit représentée dans l'exécutif communautaire, et une transparence sur les résultats plutôt que sur les seules intentions.

Je suis favorable à ce que ces engagements soient évalués publiquement, avec un calendrier, des financements identifiés et des indicateurs simples : trajectoire du déficit, projets réalisés, offre de transport améliorée, bénéfice concret pour les usagers. Une ambition politique n'a de valeur que si elle peut être vérifiée et corrigée.

En définitive, je ne souhaite pas d'un Grand Sud Caraïbe qui additionne onze communes. Je veux un territoire qui additionne ses forces, des communes qui additionnent leurs talents, une communauté qui développe ses potentialités. Notre responsabilité est de transformer nos richesses naturelles, humaines et économiques en emplois, en services et en une qualité de vie remarquable pour l'ensemble de nos habitants.

REPÈRES DOCUMENTAIRES

Grand Sud Caraïbe - La communauté d’agglomération.

Grand Sud Caraïbe - Orientations du développement économique.

SMGEAG - Présentation : compétences, membres et gouvernance.

Outremers360 / RCI - Réélection de Thierry Abelli, article du 9 avril 2026.

Sources consultées le 7 septembre 2026. Liens cliquables.