Jean-Claude
Nelson.« La culture,
c’est l’âme d’un
pays »

Politique culturelle, gwoka, cinéma, patrimoine et transmission : le président de la commission Culture et Audiovisuel de la Région Guadeloupe défend une vision vivante, accessible et créatrice de richesses pour les territoires ultramarins.

Jean-Claude Nelson lors d'une prise de parole
Jean-Claude Nelson, président de la commission Culture et Audiovisuel de la Région Guadeloupe.

Musicien, homme de terrain et élu régional, Jean-Claude Nelson porte un regard singulier sur les enjeux culturels de la Guadeloupe. Neuvième vice-président du conseil régional, président de la commission Culture et Audiovisuel sous la présidence d’Ary Chalus, il défend une politique culturelle qui ne saurait se limiter à l’organisation de manifestations artistiques. Pour lui, la culture constitue à la fois le socle de l’identité guadeloupéenne, un formidable outil d’émancipation et un véritable levier de développement économique.

1.Vous êtes musicien, originaire du Moule, profondément attaché à la culture traditionnelle guadeloupéenne. Comment ce parcours artistique a-t-il influencé votre engagement politique et votre conception de la politique culturelle régionale ?

Je suis effectivement musicien, issu de la musique traditionnelle, mais j’ai également été, dans ma vie professionnelle, animateur culturel. C’est donc assez naturellement que, lorsque j’ai rejoint l’équipe d’Ary Chalus, j’ai souhaité travailler dans le domaine de la culture et contribuer à mettre en place une politique répondant aux aspirations des Guadeloupéens. Je dis souvent une chose : je suis un praticien du gwoka, mais je ne suis pas un élu du gwoka. Je suis un élu chargé de la culture dans son ensemble. Cela signifie que nous devons prendre en considération toutes ses expressions : musique, théâtre, arts plastiques, danse, patrimoine ou cinéma.

2.Vous employez une expression particulièrement forte : « La culture, c’est l’âme d’un pays. » Qu’entendez-vous par là ?

Pour moi, la culture est un organisme vivant. Elle évolue, elle grandit, elle se transforme, mais elle peut aussi dépérir si nous n’y prenons pas garde. C’est par l’éducation artistique et culturelle que l’individu peut s’épanouir, découvrir ses capacités, développer son imagination et exprimer son génie créateur. Une politique culturelle ne se résume donc pas à ce que fait une collectivité. Elle englobe aussi ce que produisent les artistes, les associations et l’ensemble de ceux qui participent à la création.

3.Considérez-vous aujourd’hui la culture comme un véritable levier de développement économique ?

Oui, pleinement. La culture a toujours occupé une place importante dans l’économie guadeloupéenne. Regardez tout ce qui existe autour du livre, de la musique, du carnaval, des arts plastiques ou des festivals. Ce sont des activités qui génèrent de véritables retombées économiques. Il faut distinguer la démocratisation culturelle, qui permet au plus grand nombre d’accéder à la culture, et la professionnalisation, qui doit permettre aux artistes de vivre de leur art.

4.Le cinéma occupe une place grandissante dans la stratégie régionale. Quelle ambition portez-vous pour cette filière ?

Lorsque nous sommes arrivés aux responsabilités, le président Ary Chalus a souhaité investir dans le cinéma. Nous avons voulu développer une véritable industrie cinématographique en Guadeloupe. Cela passe par la formation, par l’accompagnement des techniciens, par le soutien aux productions et par la valorisation de la Guadeloupe comme terre de tournage. Notre ambition était aussi de franchir une étape : permettre l’émergence de longs-métrages guadeloupéens et de productions capables de rayonner.

Tournage audiovisuel en Guadeloupe
Tournage en Guadeloupe, des talents et des décors d’exception.

5.Le gwoka, inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO, reste au cœur des débats culturels. Quels sont selon vous les enjeux prioritaires ?

Il faut d’abord rendre hommage à celles et ceux qui ont maintenu le gwoka vivant. Cette musique a traversé l’histoire grâce à des femmes, des hommes, des familles, des associations qui ont préservé les rythmes et transmis les savoirs. L’inscription à l’UNESCO est importante, mais elle n’est pas un objectif en soi : c’est un moyen. Le gwoka est une musique vivante. Il faut le documenter, le transmettre, le diffuser, mais aussi réfléchir collectivement à ce que nous voulons porter pour son avenir.

Danse et chant gwoka
Danse et chant, une expression vivante du gwoka.
Tambours gwoka lors d'un léwòz
Le léwòz en Guadeloupe, une tradition toujours vivante.

6.La Guadeloupe souffre d’un déficit d’infrastructures culturelles adaptées aux spectacles. Quelle est votre vision ?

La rénovation du Centre des arts est une très bonne chose, mais il faut aller plus loin. La Guadeloupe a besoin de salles adaptées, avec des équipements techniques permettant notamment le son et la lumière. Il faut réfléchir à des salles de capacités intermédiaires, mieux réparties sur le territoire, afin de soutenir les artistes, de renforcer l’offre culturelle et de rapprocher la culture des habitants.

7.Que représente le Mémorial ACTe dans cette politique culturelle ?

Le Mémorial ACTe est un lieu essentiel. Il incarne la mémoire, la dignité et la transmission. Il rappelle notre histoire tout en éclairant le présent et l’avenir. Au-delà de sa portée symbolique, c’est aussi un lieu qui participe au rayonnement culturel de la Guadeloupe et à son attractivité.

Mémorial ACTe à Pointe-à-Pitre
Le Mémorial ACTe, un lieu de mémoire et d’humanité.

8.Maryse Condé occupe une place particulière dans l’imaginaire créole. Quel héritage retenez-vous ?

Maryse Condé est une voix majeure de la littérature caribéenne. Elle a porté nos imaginaires sur la scène mondiale, avec une œuvre puissante, libre et universelle. Son héritage demeure une boussole précieuse pour penser la culture, l’identité et la création dans la Caraïbe.

Portrait de Maryse Condé
Maryse Condé, une voix majeure de la littérature caribéenne.
Investir dans la culture, c’est investir dans l’humain, dans la fierté de nos territoires et dans les opportunités de demain.
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