Politique

mardi, 11 décembre 2018 10:24

Les paradoxes de la jaunisse

Jaune ! Avec le bleu et le rouge, c’est une des trois couleurs primaires. Et c’est surtout la couleur à la mode depuis le 17 novembre 2018, depuis que des citoyens ont décidé d’enfiler leur gilet de sécurité pour assurer leurs arrières et crier leurs besoins de fins de mois plus colorées. Ainsi, le jaune est apparu comme la couleur de la révolte. Celle des prolétaires, des sans-dents et des laborieux.

Pourtant, selon la définition des couleurs, le jaune est symbole de joie, de tonicité, de douceur, d’énergie, de richesse, d’opulence, d’intelligence ou encore de dynamisme. Tout un programme. Et un sacré paradoxe, quand on voit la tristesse que les manifestations de Paris ont engendré, jusqu’à transformer ce jaune en rouge, couleur sang. Celui des morts et des blessés tombés dans les rues de la capitale du pays des Droits de l’homme et du citoyen. Il a fallu ces drames pour qu’enfin le président de la République daigne sortir de son silence, dans une allocution de 13 petites minutes. C’est triste mais c’est fait, sans qu’on puisse dire si cela suffira à calmer la colère du peuple. On en saura plus dès samedi.

L'OUTRE-MER DISCRET
Au moment de faire ce bilan global de cette mobilisation, on notera sans doute que les régions d’Outre-mer — à l’exception de La Réunion — sont restées étonnamment discrètes. Chacun se demande pourquoi, alors que leurs problèmes de vie chère et de salaires précaires sont autrement plus conséquents que ceux de la France d’Europe. Paradoxal, dites-vous ? Pas tant que cela. La jaunisse, d’autres régions françaises lointaines (utramarines dit-on) l’ont déjà attrapé. Leurs habitants ont été les précurseurs. Sauf qu’au lieu de jaune, ils s’étaient revêtus de noir ou de rouge. Souvenez-vous des 500 frères guyanais, l’année derrière. Plus près de nous encore, en janvier 2018, c’était les tenues multicolores, qui étaient mises en avant pour exprimer la colère d’une partie du peuple  mahorais. 

LE LKP AVAIT 10 ANS D'AVANCE
Enfin, il y a bientôt dix déjà, c’est la Guadeloupe (imitée quelques jours plus tard par la Martinique) qui crevait les écrans du monde avec cette mémorable mobilisation de 44 jours orchestrée par le LKP (Liyannaj kont pwofitasyon — alliance contre les abus exagérés). Alors, aujourd’hui, si ces territoires se sont très peu mobilisés, c’est sans doute parce qu’ils ont le sentiment, inconsciemment ou pas, qu’ils ont déjà fait leurs révolutions et que rien ne changera si le système n’évolue pas en profondeur, si les dominants ne sont pas poussés à partager leurs richesses avec le peuple, comme en 1789. Cette année-là, les manifestants avaient pris la Bastille. En 2018, ils ont voulu investir l’Élysée. Emmanuel Macron ayant compris le danger a donc enfin réagi, après avoir envoyé son Premier ministre débroussailler le terrain et surtout après avoir mis les blindés sur les Champs-Elysées. C’est dire à quel point l’heure est grave…

Marcel GERVÉLAS 

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