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La vanille de La Réunion est en passe d’obtenir son Indication Géographique Protégée (IGP). Il ne manquerait plus que la validation du ministère de l’Agriculture pour qu’elle rejoigne, entre autres, le melon de la Guadeloupe au rang des productions locales ultramarines protégées. Une grande victoire pour les producteurs qui pourront poser une étiquette « Vanille de La Réunion » sur leurs gousses et, ainsi, se différencier des autres vanilles de l’Océan Indien dites « Bourbon ». Une chance pour l’exportation et pour la production ultramarine, encore trop faiblement protégée par des labels ou des appellations.

Ouvert en 2002, le dossier visant à labelliser IGP la vanille de la Réunion prenait les airs d’une Arlésienne. Après de longues années de débats entre producteurs, le dossier avait, pour ainsi dire, été laissé de côté.

Il a fallu qu’en 2015 l’entreprise Provanille et une association pour la valorisation de la vanille le déterrent. Elles réussissent, au passage, l’exploit de fédérer les producteurs. Aujourd’hui, la vanille de La Réunion est en passe de devenir IGP. L’indication Géographique Protégée est un label européen permettant de garantir l’origine géographique d’un produit mais surtout de sa qualité. Il fait partie de la famille des labels existants comme l’AOC française et son équivalent européenne l’AOP, à la seule différence que l’IGP possède un cahier des charges moins contraignant que les deux susnommées. La victoire est d’autant plus belle que les produits issus des territoires ultramarins ne sont que très peu qualifiés. A l’heure actuelle, le Rhum traditionnel de Martinique est le seul produit bénéficiant de l’appellation AOC. Les autres Rhums de Guadeloupe, de la Guyane et de la Réunion sont IGP.

Vanille « Péi », vanille « Bourbon »

Concrètement, les producteurs de la Réunion pourront aisément, avec ce label, faire valoir leur processus de création lors de la vente. Ce gage de qualité sera d’ailleurs immédiatement matérialisé sur les marchés de l’île et concurrencera ouvertement les vanilles importées des Comores ou de Madagascar. Pour l’heure, ces gousses sont souvent vendues avec l’appellation « Vanille Bourbon », applicable à toutes celles produites dans l’Océan Indien et profitent allègrement de la confusion récurrente des consommateurs avec la vanille « Péi ». Aujourd'hui, tous les consommateurs auront la possibilité de reconnaître une vanille locale d’une autre importée. D’autant que l’indication protégée est un gage de qualité très apprécié lors de l’achat d’un produit dit de “terroir”.

L’Outre-mer pas assez protégée

Les producteurs Réunionnais pourraient, par cette victoire, ouvrir le chemin à leurs collègues ultramarins. On parle ici du café bourbon pointu ou le vin des Cilaos pour La Réunion, la banane de Guadeloupe et de Martinique, le ylang ylang de Mayotte, ou encore le Monoï de Tahiti. Mais il leur faudra de l’endurance sur ce long chemin parsemé d’embûches. Il est d’abord nécessaire de déposer un dossier devant l’Institut Nationale de l’Origine et de la qualité (INAO). Cette structure gère les dossiers des appellations protégés en France et malheureusement, elle n’a pas d’agents en Outre-mer. Donc pour qu’un produit devienne protégé dans ces territoires, il convient que ce soit une initiative personnelle des producteurs, comme ce fut le cas pour la vanille de la Réunion. Cela a été détaillé dans une audition de Jean-Luc Dairien, l’ex-directeur de l’INAO, lors de la commission sénatoriale des Outre-mer le 28 juin 2016. « Nous sommes à l'écoute de tous les porteurs de projet qu'ils soient montés par des producteurs ou des coopératives. Bien souvent, nous sommes aussi approchés en amont par les chambres d'agriculture, par les acteurs économiques et politiques territoriaux, par les collectivités locales ou encore par les administrations déconcentrées qui peuvent tous nous signaler des produits intéressants qui mériteraient d'être protégés. »  Ainsi, sans porteur de projet, pas de protection pour les productions. Mais l’initiative des associations et coopératives de vanilles montre bien qu’avec de la patience, de l’entente et un bon dossier, les productions ultra-marines arriveraient à être protégées.

Maryse Condé vient d’être récompensée pour l’ensemble de son œuvre par « La Nouvelle Académie », une institution dissidente de celle du Nobel, embourbée dans une affaire d’abus sexuel. Souvent proche d’obtenir le prix Nobel, Maryse Condé est la première écrivaine lauréate du « nouveau prix de littérature » ou Prix Nobel « alternatif » de littérature. La Guadeloupéenne est enfin reconnue mondialement par la plus haute distinction de littérature, et rentre donc dans le panthéon des auteures de romans.

La Route du Rhum partira dans 25 jours de Saint-Malo à destination de Pointe-à-Pitre. Cette 11e édition est désormais historique avec 123 skippers engagés. Un record qui tombe à pic pour fêter les 40 ans de la célèbre transatlantique. Le 5 octobre dernier, à un mois du départ, la Région Guadeloupe a dévoilé les temps forts de l’évènement. Avec un village à Saint-Malo et 3 à l’arrivée (Basse-Terre, La Marina de Bas-du-Fort et Le Mémorial ACTe), la collectivité a sorti le grand jeu.

jeudi, 04 octobre 2018 21:21

Jessye Belleval, hommage à Aznavour

Charles Aznavour s’est éteint dans la nuit du 1er octobre dernier, laissant derrière lui une œuvre musicale sans commune mesure. Sa voix a bercé, durant près de 70 ans plusieurs générations, par-delà les montagnes, par-delà les mers. Titre phare de son répertoire, La Bohème a été l’une de ses chansons les plus reprises, de la simple interprétation à la réappropriation. C’est le cas de la chanteuse de zouk, Jessye Belleval. La Guadeloupéenne s’est associée à Misié Sadik pour réinterpréter ce classique de la chanson française et l’intégrer dans la réalité du territoire et de l’histoire de la Guadeloupe.

Dans La où les chiens aboient par la queue, Estelle-Sarah Bulle embrasse l’histoire de la Guadeloupe à travers le destin d’une fratrie partie pour la métropole dans les années 1960. Elle narre le destin de la famille Ezechiel, par la voie d’une jeune parisienne, tiraillée par son identité métisse. Pas vraiment autobiographique, mais inspiré de ce qu’elle pu vivre dans son enfance à Créteil, cette histoire a reçu le prix Stanislas du premier roman, le 28 août dernier.  

« Aujourd’hui, nous avons posé un cadre pour permettre aux communautés d’agglomération de foncer. » a lâché Ary Chalus, le Président de la Région Guadeloupe, à l’issue de la signature d’une convention tripartite (Etat, Région, Département) en Préfecture, le 24 septembre dernier. Cette convention offre aux travaux de réhabilitation du réseau d’eau potable le cadre légal du Plan Eau DOM (voir encadré). Parfaitement accordés, les trois acteurs ont tenu le même langage : en finir avec les tours d’eau d’ici les 18 mois à venir.

Déjà préconisé par un rapport d’expert paru en juillet dernier, la fin des coupures d’eau est désormais inscrite dans le marbre par cette convention. Mais pour l’heure l’urgence de la situation reste inchangée : plusieurs milliers de Guadeloupéens sont encore privés d’eau potable. Une situation inqualifiable pour un pays développé selon le Préfet. « Au 21ème siècle, dans un pays civilisé, quand on tourne le robinet, l’eau coule », a lâché sans détour, Philippe Gustin, qui a défini clairement les 3 axes prioritaires de sortie de crise.

La balle dans le camp des Communautés d’Agglomération

Absents à la table de signature, les Présidents de Communautés d’Agglomération ont pourtant été au centre de plusieurs interrogations. Et pour cause, ils restent les seuls compétents dans la gestion de l’eau en Guadeloupe, conformément à la loi NOTRé. C’est surtout une histoire de gros sous. Alors que la Région (30 millions) ; le Département (30 millions) et l’Etat (11 millions) ont annoncé avoir débloqué des budgets pour réhabiliter les réseaux de distribution, le silence plane sur les budgets des Communautés d’Agglomération. Les autorités majeures n’ont pas tardé à l’évoquer. Elles ont invité les Etablissements Publics de Coopération Intercommunale (EPCI) à intégrer le Plan Eau Dom afin de mettre en route véritablement le plan d’urgence annoncé en février dernier.

Pour entrer dans le rang, les collectivités locales devront signer des contrats de progrès qui leur permettront de s’équiper légalement pour la mise en place d’un réseau de distribution d’eau potable de qualité. Ce contrat permet de faire un état des lieux des réseaux, mentionne les travaux à effectuer, désigne les maîtres d’ouvrages et surtout le financement. Or, dans la mesure où les caisses des communautés d’agglomération sont aussi percées que les réseaux d’eau, elles ne sont donc pas en capacité de financer les travaux de réhabilitation nécessaires. Odile Lapierre, directrice de l’Agence Française de Développement, en faisait déjà état, le 3 février dernier.

Une des solutions évoquées, renflouer les caisses des communautés d’agglomération, serait d’arriver à diminuer drastiquement le taux de facture d’impayé. En Guadeloupe, entre 36% et 44% des factures d’eau ne sont pas payées. C’est un manque à gagner considérable pour les EPCI qui ne peuvent donc pas avoir la ressource pour la réfection des réseaux. Certes, mais à ce constat se dresse l’implacable réalité :  l’eau ne coule pas dans tous les robinets, presque la moitié de l’eau est perdue dans les canalisations, et cela quand, comme ce fût encore le cas à Basse-Terre au début du mois de septembre, l’eau du robinet est tout simplement impropre à la consommation.

A en croire l'État, la Région et le Département, les problèmes liés à l’eau seront bientôt résolus. Après plusieurs années de promesses et de micmacs administratifs, les Guadeloupéens ne demandent qu’à les croire. Réponse dans 18 mois.

Le Plan Eau DOM

Le Plan Eau DOM a vocation d'accompagner les collectivités compétentes dans l’amélioration de la qualité du service rendu aux usagers. Cette amélioration doit constituer le socle d’une augmentation du consentement à payer des populations vis-à-vis du service rendu et le point de départ d’un cercle vertueux : à court terme, celui d’un retour à l’équilibre des recettes et charges de fonctionnement. A moyen terme, la première brique d’une politique de soutenabilité du service par le renouvellement. Dispositif central du Plan Eau DOM, le « Contrat de Progrès » constitue la pierre angulaire de la démarche, il s'agit d'un contrat d'une moyenne de 5 ans. 

 

Transferts des compétences eau et assainissement dans le cadre de la loi NOTRé

La loi NOTRe du 7 août 2015 prévoit que le transfert des compétences « eau et assainissement » vers les communautés de communes et les communautés d’agglomération, sera obligatoire à compter du 1er janvier 2020. Les Etablissements Publics de Coopération Intercommunale à fiscalité propre deviendront ainsi les autorités responsables de l’exercice de ces compétences, en lieu et place des communes. Les communautés déjà compétentes en matière d’assainissement collectif ou non collectif doivent se mettre en conformité avec le nouveau libellé de la compétence qui implique d’exercer l’assainissement dans son ensemble.

Depuis le 10 mai dernier, l’archipel de Mayotte connaît, plusieurs fois par jour, des épisodes de tremblements de terre. Alors qu’ils ne sont, pour la plupart, pas ressentis, la population vit dans l’angoisse de revivre à nouveau un séisme de magnitude 5,8 comparable à celui du 15 mai. La communauté scientifique mahoraise, elle, avoue à peine qu’elle navigue à vue, en raison d’un cruel manque de moyens.

lundi, 03 septembre 2018 15:20

La femme Niiuka

Depuis la création de son ensemble Niiuka, Loïc Emboulé œuvre pour faire rayonner le Ka par-delà les rivages guadeloupéens. Grâce à une musique basée sur le Ka, mais puisant dans les ressources de la musique monde. De cet alliage est né un nouveau genre musical : Le NiiuKa. Une nouvelle alchimie mise en pratique dans un premier album sorti en 2016 au nom révélateur de Génèse.

Aujourd’hui, Loïc, s’apprête une nouvelle fois à faire résonner le NiiuKa, avec un album beaucoup plus révélateur. Au programme 15 titres et une multitude de rencontres. Mais pour ce nouvel opus, Loïc Emboulé a surtout enregistré la signature de Jocelyne Béroard pour une collaboration forte portant le nom de Kenbé. « Jocelyne Beroard c’est une petite pépite de l’album, » annonce avec joie le musicien. « Pour moi c’est une grande fierté d’avoir pu collaborer avec elle car c’est une grande dame. D’être arrivé à travailler avec une personnalitécomme la sienne m’a donné beaucoup de confiance » avoue Loïc Emboulé.

La Femme Niiuka

Dans ce nouvel album, le jeune tanbouyé a ajouté une touche féminine à sapalette musicale, en s’entourant également de Guylène Jéhu et Krysstal, toutes deux membres de Niiuka. La première est une zoukeuse hors pair, « une loveuse à la musicalité très africaine ». La deuxième est une voix faite d’hermine qui vous caresse dans le sens du poil et fait ressortir de nous, la partla plus douce. Loïc Emboulé confirme, « Krysstal, c’est une voix exceptionnelle àdécouvrir. Elle est faite pour chanter, cela se ressent tout de suite. » Leur collaboration Get some love est déjà disponible en téléchargement légal. Cette chanson signe la première musique en anglais de Niiuka, avec un Loïc Emboulé enchainant créole et anglais avec une facilité auditive indescriptible. A tel point qu’il est difficile de se rendre compte du changement de langue. A l’image de sa musique, Loïc Emboulé est un alchimiste.

Ka-lchimiste 

Entre 2016 et aujourd’hui, l’artiste Emboulé a fait mûrir sa musique. Il a pris le temps d’écouter la Guadeloupe mais surtout de la regarder et de voir les nouvelles influences. « Les deux dernières années j’ai pu observer ce qui se faisait ici. Et Je me se suis vite rendu compte que l’aspect festif n’était pas assez exploité dans Génèse, je l’ai donc plus exploré. Cependant, dans cet album jen’ai pas tout chamboulé, je n’ai pas voulu perdre le public, mais j’ai tout même exploré plus d’univers. » Il reste néanmoins fidèle à sa devise : « Ka nou yé : Guadeloupéen », tout élargissant un peu plus le spectre d’identification à l’homme du monde.

En somme, sa musique nous interroge sur le qui nous sommes : un homme, une femme du monde. Véritable voyage culturel, onirique et intemporel, cette nouvelle création de Loïc Emboulé et de l’ensemble Niiuka devrait sortir en novembre prochain.

lundi, 03 septembre 2018 14:55

Cannibaliser le monde

L’exposition Désir Cannibale qui se tient à la Fondation Clément du 27 juillet au 19 septembre met à mal les pulsions archaïques du spectateur. Avec l’aide de 9 artistes Guadeloupéens, Jean-Marc Hunt, le commissaire de l’exposition nous invite à s’affranchir des barrières psychiques et physiques pour devenir conscient de son rapport à l’autre, de son propre rapport au monde mais surtout de se penser monde. Outremerlemag est allé à la rencontre de certains artistes qui exposent.

Depuis 2005, la Fondation Clément mène des actions de mécénat en faveur desarts et du patrimoine en Martinique. Notamment, elle assure la promotion de l’art contemporain dans la Caraïbe. Depuis le 27 juillet dernier, c’est l’exposition Désir Cannibale qui habille les murs de la Fondation. Une exposition remplie de mordant qui est à mettre au crédit de Jean-Marc Hunt, artiste visuel Guadeloupéen et commissaire de l’exposition. Pour ce faire, neuf artistes ont été invités, des peintres, des photographes, des plasticiens etc. Avec l’aide de ces artistes Guadeloupéens ou en lien avec la Guadeloupe, Jean-Marc Hunt, nous invite à s’affranchir des barrières psychiques et physiques pour devenir conscient de son rapport à l’autre, de son propre rapport au monde mais surtout de se penser monde.

Désir Cannibale

Selon le commissaire de l’exposition, le cannibalisme est une notion intrinsèque du Créole. Il fait feu de tout bois pour créer sa propre identité. « Le Créole se nourrit de beaucoup de langues, en majorité du français mais passeulement. C’est en mouvement perpétuel et en art contemporain, on participe à cette créolisation, avec le monde comme terrain de jeu. » Une approche totalement partagée par le peintre Samuel Gélas, participant à l’exposition. « Le cannibalisme de façon métaphorique c’est se nourrir de la culture colonisatrice, et une fois digérée, arriver à se réinventer. » De son côté, Jean-Marc Hunt va plus loin en attestant que le mot créole « est devenu trop exotique dans la pensée des gens ». Par cette exposition, le cannibalisme devient par essence, synonyme de créole et donc d’identité. Quant au désir, il est l’action. Le processus du désir est multiple, il a plusieurs entrées. Pour Ronald Cyrille, le désir c’est avant tout le déclenchement de quelques choses.
« Je ne voulais pas m’arrêter à l’association Karibe-cannibale, j’ai voulu dire bien d’autres choses. Entre autres, manger le monde, se dépasser soi-même, dépasser les limites. Par le désir cannibale, il y a l’idée d’être stimulé, relever des challenges ou encore l’envie d’exister. »

Paroles d’artistes :

Samuel Gélas : « J’ai tout simplement été dans la même ligne directrice de ce que je fais. Je travaille dans l’animalité humaine. En m’ouvrant sur le monde en piochant dans l’actualité. Nous sommes comme des animaux dans la jungle et nous essayons de survivre. Et pour assurer leur descendance, les peuples vont se cannibaliser pour prendre ce que les autres possèdent. Mais la figure animale est aussi positive, comme on peut le voir sur mon tableau le portrait de famille. En somme, ma démarche c’est de questionner la nature humaine. »

Portrait de Famille, de Samuel Gélinas 

Ronald Cyrille : « J’ai abordé la création pour l’exposition d’une manière assez libre. Je parle par métaphore plastique et ici j’ai apporté ma vision de la société, de la dualité de l’être, qui se traduit par un questionnement. L’homme est-il habité par l’animal ou l’animal est-il humanisé ? Que ce soit à travers notre héritage culturel, notre façon de vivre, beaucoup de choses fonctionnent par dualité. Il suffit juste d’observer. »

Visite guidée de l'exposition avec Jean-Marc Hunt : 

Le CRA, le Centre de Ressources et d’Appui sur le risque requin viens de mettre en ligne une carte des opérations de pêche en temps réel. Très vigilant sur le référencement des squales présent sur les côtes réunionnaise, le CRA a notamment révélé le 27 août dernier, la présence potentielle de requins aux abords de la Ravine Blanche près de Saint-Pierre. Ce lieu est un spot qui était très prisé des surfeurs avant la crise de 2011. Une « crise » plus institutionnelle que réelle qui est enflée par la surmédiatisation des attaques (1).

Depuis, surfeurs, pêcheurs, scientifiques et écologistes s’affrontent sur les mesures à prendre pour gérer la problématique requin. Des filets de protection ont été mis en place, la baignade a été interdite sur plusieurs sites (peu ou pas respectée), et des actions de prélèvement sont organisées. Régulièrement, le CRA effectue des pêches préventives censées protéger le rivage. Une action qui provoque la colère des collectifs contre la pêche des requins. Par ailleurs, ce centre mis en place en 2012 par la Préfecture de La Réunion, a déjà effectué plus de 80 marquages de requins (pose de balises entre autres) afin de mieux connaitre les habitudes de squales et ainsi mieux gérer les risques.

Presque une attaque sur deux est mortelle à La Réunion

Entre 2011 et aujourd’hui, La Réunion a subi 23 attaques de requins dont 9 mortelles. Par rapport au nombre d’attaques de squales dans le monde, le chiffre est faible. Là où l’île se distingue tragiquement, c’est par le taux très élevé de mortalité des attaques : presque 40 %. A titre de comparaison, la Floride a recensé 88 attaques de requins entre 2011 et 2014, et une seule a été mortelle. La grande majorité des attaques sont répertoriées dans la moitié ouest de l’île, dans des zones fortement peuplées (70 % des réunionnais résident dans la partie occidentale) et surtout ultra-touristiques. Par conséquent, il existe une forte exposition à une attaque. De plus, le constat est implacable, plus de la moitié des victimes sont des surfeurs ou des bodyboardeurs. Et les spots de glisse sont quasiment tous répertoriés dans cette zone géographique. A noter également que la plupart des attaques sont à mettre à l’actif des requins bouledogue.

Bilan des attaques de requins à La Réunion depuis la crise de 2011.

Le Bouledogue, une menace ?

Le requin bouledogue mesure entre 2m50 et 3m40 pour un poids d’environ 230 kg. Il s’agit d’un requin massif et lourd avec le museau court et aplati. Il est également appelé requin du Zambèze pour sa faculté à remonter les cours d’eau, ce qui en fait l’unique espèce à être capable de s’adapter aussi bien en eau douce qu’en eau saline. Par conséquent, il est fortement actif dans les eaux à forte turbidité, c’est-à-dire le taux de matière en suspension dans l’eau qui la rende trouble. Le requin bouledogue a un comportement agressif, solitaire et attaque sans sommation. Il est donc très difficile à voir.

Et c’est justement la rencontre entre son habitat naturel et son comportement qui provoque les accidents mortels à La Réunion. Enormément d’attaques ont été faites sur des surfeurs, pratiquant dans des zones d’eau troubles, en fin de journée. Et fatalement lorsque la visibilité dans l’eau n’est pas assurée, il est plus difficile de voir arriver le squale. A cela, il faut rajouter la visibilité hors de l’eau, donc surfer en fin de journée accroit les risques d’attaques. Autres conséquences de la forte présence de requins bouledogue sur les côtes réunionnaises, le réchauffement des océans, la pollution liée à la surpopulation des zones touristiques (eaux usées qui renforcent la turbidité, fréquentation accrue des zones de baignade, déversements de carcasses de mammifères dans la mer, etc.) ou encore la raréfaction de l’espèce.

Si depuis 2011, les accidents liés au bouledogue ont sensiblement augmenté, il est possible d’expliquer cela par la surpêche de ce requin. Le Carchanicus Leucas, de son nom scientifique est une espèce fortement menacée. Près de 100 millions de requins bouledogue sont tués chaque année selon l’Union Internationale pour le Conservation de la Nature (IUCN), notamment pour ses ailerons, son foie ou son cuir. Par ailleurs, la communauté scientifique souligne le rôle de régulateur naturel des océans, car ils sont au sommet de la chaine alimentaire.

Situation en Outre-mer

Les requins font partie du paysage ultra-marin. En Nouvelle-Calédonie, la situation est tout aussi préoccupante qu’à La Réunion. Sur les 46 attaques recensées depuis 1886, 15 ont été mortelles et 7 se sont passées après l’an 2000 (2). 

A contrario, la mer des Caraïbes est une mer relativement sûre. Pour preuve une seule attaque en Martinique a été enregistrée en 1954. Aucune enregistrée en Guadeloupe en 264 ans. Cela s’explique en partie grâce aux eaux limpides. En 2005 à Saint-Martin (partie hollandaise), une attaque est notée à Simpson Bay. Du côté de la Guyane rien à signaler et en Polynésie les requins sont bien présents, avec 92 attaques entre 1980 et 2015, mais aucune d’elles n’a été fatale. Pour cela, il faut remonter à 1893 à Rangiroa, un atoll des îles Tuamotu.

(1) : Entre 1988 et 2000, 22 attaques de requins ont été répertoriée à La Réunion. 13 ont été mortelles.

(2) : Source : Shark Attack Data

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